A quoi tient une économie?

Nous le craignions depuis plusieurs semaines, c'est désormais une certitude. Les gouvernements qui ont mis en place, dans la panique, des confinements généralisés n'avaient en aucun cas prévu de stratégie de sortie. Ils sont même bien incapables aujourd'hui de quantifier les critères qui justifieraient, à leurs yeux, une levée des restrictions imposées aux citoyens.

Curieux chef de guerre que celui qui mène ses troupes au combat sans avoir aucune idée de comment définir la victoire!

Cette "guerre contre le virus", impossible à gagner par définition, va donc s'éterniser. Avec elle augmenteront les dégâts sur l'économie.

Non, l'économie n'est pas un gros mot

Le coût du confinement arrive timidement dans le discours politique. Sacrifier l'économie pour retarder "à tout prix" le pic épidémique ne semble plus une idée aussi géniale qu'il y a six semaines lorsque l'exemple de la Chine était mis en avant.

Avec l'arrivée de ce nouveau sujet dans le débat public vient le lot habituel de mensonges, de postures idéologiques et de spécialistes du jour. Ceux qui conspuaient hier l'économie et opposaient le noble engagement des soignants au matérialisme crasse des salariés, indépendants, et entrepreneurs découvrent désormais timidement que les uns ne sont rien sans les autres.

Il était de bon ton, à l'arrivée du virus en France, de déplorer le manque de moyens du secteur hospitalier et d'accuser le capitalisme/le libéralisme (et leurs variations ultra et néo) de la déliquescence de notre système de santé. C'est oublier un peu rapidement que ce sont, justement, les pays les industriels et disposant d'une économie de marché solide qui disposent des meilleurs systèmes de santé. La raison est simple: ce sont les seuls qui peuvent se les offrir. Hôpitaux, infirmiers, ambulanciers et médecins sont payés par l'argent public qui est lui-même prélevé sur l'économie productive.

Sans création de richesse, pas de ponction possible pour faire vivre les services publics.

Mais au fait, cher lecteur, à quoi tient une économie?

Peut-on vivre confinés pour toujours?

Avec cette énième prolongation du confinement se pose une question: jusqu'à quand pourrons nous vivre de cette manière?

Vivre chez soi, qui en télétravail, qui au chômage technique, qui oisif est-il un modèle de société durable? Le corps médical, qui rêverait de voir la population confinée jusqu'à l'arrivée d'un hypothétique vaccin, prêche pour sa paroisse et incite les pouvoirs publics à maintenir les restrictions aussi longtemps que nécessaire.

D'autres, voyant dans l'épidémie de Covid-19 l'exemple que notre société capitaliste/mondialisée/libérale porte en elle les germes de sa destruction, rêvent d'un grand soir. Pour eux, l'arrivée du coronavirus a donné un coup d'arrêt à la société de consommation. Ils souhaitent donc que le confinement se prolonge aussi longtemps que possible.

Jouons un moment avec ces deux idées.

Sans juger de leur désirabilité (chacun peu choisir le monde dans lequel il souhaite vivre), regardons simplement leur faisabilité.

Le confinement tel que nous le connaissons est-il soutenable à long terme? D'un côté, la baisse de l'activité en France est conséquente. Avec une économie qui ne tourne plus qu'aux deux-tiers de son rythme habituel et des secteurs totalement à l'arrêt, la richesse créée quotidiennement dans le pays n'est plus qu'une fraction de ce qu'elle était en janvier.

En parallèle, la consommation a fortement chuté. L'un et l'autre pourraient s'équilibrer. Si plus personne ne va au restaurant, si plus personne ne va chez le coiffeur et ne visite les salles de cinéma, peu importe que tous ces lieux ferment définitivement leurs portes.

Nous pourrions imaginer un monde sans tous ces services "futiles". Une baisse de la demande égale à une baisse de l'offre est un système stable - cela s'appelle la décroissance.

Mais la situation est-elle si stable qu'elle n'en a l'air?

Ce qui manque a l'économie de confinement

Ce qu'oublient les supporters de la décroissances et autre amoureux de la vie en confinement, c'est que nous n'avons eu a subir que quelques semaines d'arrêt de l'activité. Le gros de la richesse que nous consommons aujourd'hui a été produit avant la mise sous cloche de l'économie.

Nous profitons de nos réserves comme un jeune couple partirait en lune de miel et trouverait que, décidément, la vie est plus belle en vacances qu'au bureau. Toutes les bonnes choses ont une fin et même l'activité du pays réduite de 35% n'est pas tenable à long terme. Les stocks vont s'épuiser, et pour qu'un nouvel équilibre soit trouvé, il faudra que l'activité chute encore.

Impossible bien sûr de savoir dans quel état nos économies seraient après six mois ou un an de confinement. Nous pouvons toutefois ouvrir un livre d'Histoire et nous souvenir de deux évolutions majeures qui ont permis une explosion de la productivité et l'émergence du niveau de vie dont nous jouissons aujourd'hui.

Le premier a eu lieu lorsque les citoyens ont quitté les champs. Seule la possibilité de manger à sa faim permet d'envisager de travailler à l'usine ou au bureau. Nous pouvons choisir entre aller au cinéma, voyager, ou regarder Netflix. Nous ne pouvons nous passer de nourriture. Or, le secteur agricole fait déjà face à une pénurie de main d'œuvre alors que nous ne sommes qu'au printemps. Si les semis et les récoltes ne sont pas assurés, vous pouvez être certain que les citoyens quitteront bien vite leurs domiciles fourche à la main pour demander des comptes à leurs dirigeants.

Le confinement devra nécessairement être allégé pour répondre aux besoins du secteur agricole.

Le deuxième élément peu connu est celui de la scolarisation des enfants. Machine à laver, four à micro-ondes et désormais les machines à pain sont certes les meilleurs amis de la ménagère, mais ce qui a permis de libérer le temps de travail des adultes a été la scolarisation massive de nos têtes blondes. Si vous tentez de télétravailler avec des enfants à quelques mètres de vous, vous savez à quel point votre rendement baisse. Une société confinée sur le long terme sans ré-ouverture des écoles devra compter, au bas mot, sur une diminution de la productivité d'un nouveau facteur deux.

Il ne faudrait donc pas tabler sur une économie tournant à 65% de sa valeur nominale, mais plutôt de l'ordre de 30%. C'est très certainement pour cette raison que l'objectif affiché par le gouvernement est celle d'une ré-ouverture prioritaire des établissements scolaires. Les universités, restaurants, cafés et musées peuvent attendre. La priorité, ne nous trompons pas, est de soulager l'emploi du temps des jeunes parents qui sont souvent les forces productives de la nation!

Ce rapide calcul de coin de table montre qu'un confinement durable et selon les modalités actuelles est intenable. Ce n'est pas qu'une simple question de choix de société: c'est une impossibilité mathématique.

La bonne nouvelle, c'est que nous devrons trouver un moyen de reprendre le chemin du travail et de la création de richesse.

Il sera alors de nouveau permis d'espérer une amélioration du niveau de vie des citoyens, et le concept d'investissement, totalement incongru dans la situation actuelle, reprendra tout son sens.

Nous serons les premiers à nous en réjouir!

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