Cafouillages monétaires en série

Cher lecteur,

Nous étions partagés, la semaine dernière, quant au sens à donner aux dernières nouvelles du monde de l'investissement.

Je ne parle bien sûr pas de la volatilité retrouvée du cours du pétrole suite aux événements au Moyen-Orient, déjà abondamment commentés dans la presse généraliste. Je ne parle pas non plus du yo-yo du CAC40 dont les variations de cours nous rappellent que les traders sont bel et bien de retour devant leur bureau et comptent, cette saison encore, maintenir les indices sous la coupe de leurs milliards d'actifs sous gestion.

Ce qui a piqué notre curiosité, ce sont deux événement monétaires survenus outre-Atlantique et relativement peu relayés dans les médias.

La FED se met en mode crise

Mercredi dernier, la FED a réduit son principal taux directeur de 25 points de base.
C'est la seconde fois en deux mois qu'elle s'adonne à cette largesse, aussi il n'est plus possible de parler d'événements isolés. Le (timide) retour à l'orthodoxie monétaire entamé par la banque centrale il y a à peine trois ans n'aura finalement pas duré. La pression permanente de Donald Trump envers la FED aura porté ses fruits: la politique monétaire devient plus accomodante, et le dollar pourra, à sa grande joie, voir sa valeur s'éroder de plus en plus rapidement.

Peu importe que ce type de politique soit suicidaire sur le long terme, condamnant simultanément le pouvoir d'achat des ménages en augmentant le prix des importations tout en laminant la valeur de l'épargne des citoyens responsables. A court terme, l'impression monétaire permet de s'offrir une sensation de richesse fictive - et c'est ce qui est le plus important en politique.

Il serait tentant de ranger à tort cette baisse des taux dans la grande liste des décisions peu réfléchies du locataire de la Maison Blanche et de ne plus y penser: ce revirement va avoir des conséquences pour les investisseurs du monde entier, et nous devons en tenir compte.

Le premier enseignement à en tirer, c'est que la FED se met en mode "fin de cycle de croissance". Baisser les taux après les avoir augmentés, c'est admettre que l'économie va entrer dans une phase de contraction. Après 10 ans de hausse, ce phénomène est tout à fait naturel: une économie saine est cyclique. Peu nous importe que les banques centrales tentent, depuis 20 ans, de piloter la croissance en jouant sur le levier des taux. Nous laissons volontiers ces apprentis-sorciers à leur hubris car nous savons que l'économie est une bête sauvage qui ne va jamais là où l'on tente de la mener. Ce qui nous intéresse, c'est l'état de l'économie réelle, et il semblerait bien qu'une pause soit à prévoir.

La seconde chose que nous retenons de cette annonce, c'est que la FED ne parvient plus à avoir un discours harmonisé. D'une part, le consensus des gouverneurs a été brisé: la baisse des taux n'a pas pu être votée à l'unanimité, trois des dix membres du FOMC disposant d'un droit de vote ayant voté contre. Rien ne dit que d'autres mesures de ce type pourront être votées dans les prochains mois (aucun calendrier n'a d'ailleurs été communiqué quant à la poursuite des baisses à court terme). D'autre part, la communication de la FED devient schizophrène : tout en baissant les taux pour stimuler l'économie, elle a revu ses prévisions de croissance... à la hausse!

Au moins, la BCE pouvait s'appuyer des données économiques décevante pour justifier son nouveau QE. La FED, elle, ne cherche même pas à offrir un vernis de cohérence à sa politique.

Un autre événement, que les banques centrales ont qualifié de "détail technique" a également eu lieu la semaine dernière. Il aurait dû faire les gros titres des journaux - cela n'a étonnamment pas été le cas.

La machine monétaire se grippe

La semaine dernière, le marché des prêts inter-bancaire s'est brutalement figé. Si ce terme vous semble abscons, il s'agit du mécanisme par lequel les établissement bancaires s'accordent mutuellement des prêts. Vous n'êtes pas sans savoir que l'argent circule au quotidien entre les grands acteurs économiques, et des milliards s'échangent tous les jours entre les banques de toutes la planète.

Lorsque tout se passe bien, les établissements se font confiance et n'hésite pas à jouer à "je te tiens, tu me tiens, par la barbichette". L'argent des épargnants circule ainsi entre différentes sociétés qui prêtent leur liquidités à leurs concurrents en fonction de leur cash disponible à un instant T et d'un taux d'intérêt qui reflète leur confiance dans l'établissement emprunteur. La semaine dernière, la chanson s'est arrêtée et les prêts inter-bancaires ont brutalement cessé d'être conclus. Contrairement à la comptine de cour d'école, si tout le monde est effectivement dépendant de tout le monde, lorsque la musique s'arrête, personne n'a envie de rire.

Lorsque le marché inter-bancaire se bloque, les prêteurs ne savent plus que faire de leurs liquidités et les emprunteurs risquent de manquer de cash à court terme pour répondre à leurs obligations: un scénario noir dans le monde de la banque. Et comme chacun tient la barbichette du voisin par le jeu des dettes mutuelles, personne n'a envie de le voir faire faillite... mais personne ne veut (ou ne peut) prendre pour autant le risque de le financer.

La FED a donc joué son rôle en apportant en urgence des liquidités sur ce marché normalement autonome. Ce type d'intervention d'urgence, s'il reste cantoné au court-terme, n'est pas critiquable: la sauvegarde du secteur bancaire mondial vaut bien quelques heures d'entorse au capitalisme idéal.
Ce qui nous inquiète au plus haut point, ce n'est pas l'action correctrice de la FED mais le fait que les banques ne parviennent plus à échanger leurs capitaux.

La dernière fois qu'un tel événement a eu lieu, nous étions en pleine crise des subprimes et, à l'époque, il était tout à fait raisonnable de prévoir la faillite des établissements bancaires. Il était donc normal que les banques refusent de prêter de l'argent à leurs concurrents.

Or, nous ne sommes pas du tout dans la même situation.
Nous savons que les banques centrales refusent de laisser les établissements bancaires faire faillite. Nous savons aussi que la FED et la BCE ont pris la suite de la BoJ et sont prêtes à détruire leur monnaie pour éviter une refonte du système.

La FED a invoqué une "baisse normale des liquidités de court terme" pour expliquer, durant les 24 premières heures, l'assèchement du marché interbancaire. Les chiffres viennent pourtant contredire cette explication trop belle pour être vraie: à l'heure de l'écriture de ces lignes, les prêts étaient toujours au point mort, De plus, les montants en jeu (100 Md$, soit plus de vingt fois "l'affaire Kerviel" qui devait emporter le système bancaire européen) viennent contredire les propos rassurants de la FED quant à l'ampleur du trou d'air. Selon Bloomberg, l'opération d'urgence de la FED devrait se poursuivre jusqu'au 10 octobre.

Tout ceci, cher investisseur, a un petit air de 2008. Peut être que les économistes parleront, dans 10 ans, de la rentrée 2019 comme le début d'une nouvelle crise.
Cela ne nous inquiète pas: en préférant l'investissement dans l'économie réelle aux actions cotées et aux obligations d'Etat dont la valeur est manipulée par les banques centrales, notre patrimoine est à l'abri de ces turpitudes monétaires.
Il nous faut simplement redoubler de vigilance: il n'est plus question aujourd'hui d'investir dans des start-ups déficitaires avec comme porte de sortie une revente à d'autres investisseurs peu regardants sur la solidité des business-model. En cas de crise monétaire, seules les entreprises déjà rentables et disposant d'un matelas de cash pourront survivre. Elle seules sauront faire le gros dos et, comme nous l'avons vu dès 2011, sortiront gagnantes une fois que leurs concurrents structurellement déficitaires auront fait faillite.

Cela tombe bien pour nous: ce sont ces entreprises que nous intégrons régulièrement au portefeuille de Crowd-Funding.fr, et les dernières nouvelles que nous avons reçues nous confirment leur résilience.

A vos investissements, et à la prochaine crise!

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