Ciao, Mario!

Voilà qui est fait!

Mario Draghi a passé, ce lundi 28 octobre, le flambeau à Christine Lagarde. Il laisse à la Française les rênes de de la Banque Centrale Européenne et pourra retourner vaquer à des occupations plus lucratives.

La presse économique sort déjà de ses rotatives les articles élogieux sur le « sauveur de l’euro », tous illustrés de la mine réjouie du banquier.

Pour nous, impossible de ne pas lui dédier cette e-letter : nous devons énormément à Mario Draghi. Je ne vous parle pas en tant que citoyen Européen, ni même en tant qu’épargnant en zone Euro, mais en tant qu’entrepreneur. Sans Mario Draghi, Crowd-Funding.fr n’aurait jamais vu le jour. Vous ne seriez pas en train de lire ce mail. Sans lui – osons le dire – le crowd-fundingn’aurait eu aucune raison de se développer autant.

Ce sont ses huit ans de politique monétaire accommodante qui ont suffisamment distordu le paysage économique pour que les épargnants soient contraints d’aller chercher au-dehors du système bancaire classique une manière de rémunérer correctement leurs dépôts.

Quel bilan après huit ans de présidence ?

Ce que la presse appelle complaisamment « sauvetage de l’euro » ressemble fort à une victoire à la Pyrrhus.

Ne revenons pas sur les méthodes non conventionnelles utilisées comme les assouplissements quantitatifs, les rachats d’actifs et autres baisses des taux directeurs. Nous avons eu abondamment l’occasion de les commenter dans ces colonnes.

Concentrons-nous sur le bilan. Bien sûr, l’euro existe encore comme monnaie au sein de l’Union, et ce n’était pas une certitude lorsque Mario Draghi a débuté son mandat. Mais peut-on vraiment dire que l’euro de 2019 est le même que celui de 2011 ? Certainement pas.

Le fameux « whatever it takes » de 2012, qui annonçait clairement la couleur du sauvetage à tout prix, a eu des conséquences bien tangible.

L’euro de 2019 achète aujourd’hui 1,11 dollars. Lorsque de l’arrivée de Draghi à la tête de la BCE, chaque euro pouvait acheter 1,39 dollars. 20 % de pouvoir d’achat en moins en huit ans : citoyens comme entreprises de la zone Euro peuvent remercier la BCE d’avoir autant dévalué leur monnaie.

Ces 20 % se payent au quotidien : le coût de tous les biens importés, énergie en tête, est renchéri d’autant.

Voilà pour l’aspect « consommation ». Quid de l’épargne ? Ici encore, Mario a fait des miracles. Nous lui devons le passage à zéro des taux directeurs. N’oublions pas que la BCE fixe, avec ce curseur, le coût de l’argent réel en zone Euro. Si l'argent ne coûte rien, il ne rapporte plus rien non plus. De la rémunération du livret A aux crédits immobiliers, nous subissons au quotidien les effets des taux bas. Aujourd’hui, il n’est plus possible de protéger son épargne de l’inflation sans risque - et ne parlons même pas de la faire croître.

Et si Mario n’avait rien fait ?

Imaginons un instant qu’au lieu de jouer de la baguette magique avec ses politiques monétaires non-conventionnelles, la BCE n’ait rien fait.

Et si, hérésie parmi les hérésies, cette instance internationale avait tout simplement laissé le cours des choses se dérouler correctement ?

La zone euro aurait, très certainement, dû être remaniée. Les pays dépensiers n’auraient pas été « sauvés », mais s’en porteraient-ils plus mal ?

Les Chypriotes ont subi une contraction du PIB de -25 % depuis 2011. Les Grecs ont dépassé les -30 % de correction sur la même période. A titre de comparaison, le PIB français n’avait décru que de 7 % au plus fort de la crise des subprimes…

Un retour à des monnaies nationales le temps d’épurer les économies aurait fait tache sur le CV de nos administrateurs centraux, mais n’aurait peut être pas été plus négatif pour les citoyens de ces pays dont les économies s’enlisent dans la crise depuis une décennie maintenant.

Le cas de la France aurait été plus compliqué. Le pays joue simultanément le rôle de grand organisateur de la zone euro et de mauvais élève budgétaire. Il y a dix ans, personne n’aurait pu dire avec certitude si la France avait les moyens de conserver la monnaie unique vu l'état de sa balance commerciale et de son déficit public.

Il n’empêche : quelles qu’aient été les turpitudes que nous aurions dû subir (baisse de la dépense publique, hausse des impôts, ou dévaluation massive), nous aurions eu l’opportunité d’assainir notre économie. Nous ne serions pas condamnés aujourd’hui à avoir une monnaie dont la valeur baisse de façon continue depuis plus de dix ans, et qui punit les épargnants avec des taux réels négatifs.

L’euro ne joue aujourd’hui plus son rôle de conservation du pouvoir d’achat, et Christine Lagarde aura le plus grand mal à inverser la tendance. Saura-t-elle mener un effort de normalisation qui nous permettrait de retrouver une monnaie ayant cours légal qui ne spolie pas les épargnants ? Continuera-t-elle au contraire de détruire méthodiquement sa valeur pour que les politiques publiques dispendieuses ne soient pas mises face à leur coût réel ?

Souhaitons-lui bonne chance. Espérons que, dans quelques années, placer son argent (en quelque monnaie que ce soit) sur les marchés financiers soit de nouveau rentable sans avoir à prendre de risques inconsidérés. En attendant, nous continuerons d’explorer les moyens exotiques qui vous permettront de dégager des plus-values dans cet environnement monétaire toujours plus détraqué.

La BCE n’a pas le monopole du non-conventionnel !

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