Crise, ou pas crise?

A votre avis, comment va l'économie mondiale? Comment vont les Etats-Unis? Et, plus égoïstement, comment va l'Hexagone?

Si vous lisez la presse quotidienne, votre réponse-réflexe tient probablement en un mot: mal. La presse, tant généraliste qu'économique, nous abreuve jour après jour de mauvaises nouvelles. Nos hommes politiques regorgent de suggestions "pour que ça change", à appliquer d'urgence car "ça ne peut pas continuer ainsi".

Nous pourrions mettre cela sur le trait de caractère bien connu des Français qui consiste à râler, quel que soit le sujet et quelle que soit la situation. Cette propension à l'inquiétude est utile lorsqu'elle nous incite à la prudence et au scepticisme, mais s'avère délétère si elle nous conduit à commettre des contre-sens sur l'état du monde.

Sachez toujours où nous en sommes

Vous le savez, l'économie est cyclique. Un investisseur doit donc adapter ses prises de position à l'état de l'économie réelle.

Quand les marchés sont bas, il faut ignorer les Cassandre et acheter des actions bradées. Quand l'économie est en surchauffe, il faut ignorer les prophètes d'un nouveau monde et protéger ses actifs du dur retour à la réalité qui ne manque pas d'arriver.

Savoir investir à rebrousse-poil du cycle économique est déjà difficile tant la pression sociale est forte; c'est chose impossible si l'on ne sait pas où l'économie se trouve.

Aujourd'hui, regardons deux indicateurs qui nous permettent de clarifier notre situation. Car non, tout ne va pas de mal en pis depuis la crise des subprimes, 30 ans, ou la Libération.

Idée reçue n°1: l'économie ne s'est jamais remise des subprimes

La crise mondiale de 2008 a secoué toutes les économies occidentales. C'est un fait, et la France n'a pas fait exception. Exprimé en dollars de 2005 (ajustés de l'inflation), le PIB par habitant en France est passé de 37 750 $ à 36 324 $ entre 2007 et 2009.

Il est de bon ton de dire, depuis, que la hausse des indices boursieres européens est "fictive" et qu'elle ne repose pas sur une croissance réelle de l'économie. Il faut donc revenir aux faits et aux chiffres pour voir comment cette dernière se comporte depuis 2009.

Toujours en baisse? En stagnation?
Bien au contraire: elle remonte à un rythme comparable à la période 2000-2007 comme le prouvent les chiffres de la Banque Mondiale.

Evolution du PIB par habitant en France sur 30 ans.

Vous pourriez objecter à raison que la croissance du CAC 40 depuis son point bas de 2009 atteint désormais les +100% tandis que le PIB par habitant a cru d'un modeste +6%. Cela ne signifie pas pour autant que la Bourse est déconnectée de l'économie: elle exagère simplement ses variations.

La chute de 55 % du CAC 40 entre 2007 et 2009 s'explique de la même manière alors que le PIB par habitant n'avait décru que de 4% sur la période.

Conclusion: contrairement à ce que la presse affirme régulièrement, la Bourse n'est pas déconnectée de l'économie. L'évolution des indices est même extrêmement corrélée avec celle de l'activité réelle, même si les variations sont exagérées.

Idée reçue n°2: les inégalités explosent en France depuis 40 ans

(Idée souvent suivie de considérations sur une inévitable révolution qui mettra à bas tous les propriétaires, nantis, et autres privilégiés)

Peut être que la révolution aura lieu. Mais si c'est le cas, ce ne sera certainement pas à cause de la réalité économique.

Nous sommes, en France, spécialistes de la redistribution sociale. Nos effets de seuil sur les impôts et de nombreuses taxes fait qu'il est de moins en moins intéressant de gagner plus d'argent à mesure que l'on s'enrichit.

On parle souvent des écarts de salaire entre les ultra-riches (0,1%, 0,01%, 0,001%, etc) et les pauvres. Mais ces ultra-riches ne sont qu'une poignée de personnes dont la spoliation totale des biens ne règlerait aucun problème budgétaire l'échelle du pays.
Plus prosaïquement, on compare plutôt l'écart de niveau de vie entre les 10% les plus riches et les 10% les plus pauvres de la population. Bien que cet indicateur soit fortement biaisé (car il oublie totalement que les "pauvres" en France seraient considérés comme riches dans de nombreux pays, et s'enrichissent aussi au fil des ans), il a le mérite de comparer la situation de cohortes suffisamment grandes pour être significatives.

A votre avis, que fait cet indicateur depuis les années 70? En d'autres termes, les 10% les plus riches s'enrichissent-ils plus vite ou plus lentement que les 10% les plus pauvres du pays?

Evolution du rapport de niveau de vie inter-déciles. Source: INSEE

Ici encore, le catastrophisme n'est pas de mise. Après avoir fortement chuté jusqu'aux années 1980, le ratio oscille depuis près de 40 ans dans une fourchette stable entre 3,3 et 3,6 . Cela signifie que, depuis les années 1980, les 10% les plus riches ont un pouvoir d'achat moyen égal à 3,5 fois celui des 10% les plus pauvres.

Conclusion: Nous ne sommes pas dans une situation d'explosion des inégalités sociales à grande échelle. Bien au contraire, on constate que les niveau de vie comparés entre "riches" et "pauvres" sont régulés très efficacement par notre système de redistribution.

Laissons de côté si vous le voulez bien l'aspect moral de cette situation pour se concentrer sur ses implications économiques.

La France reste une société en croissance depuis 2009, soit 10 ans maintenant. Elle a un tissu social incroyablement homogène par rapport aux autres pays, et la plupart de ses citoyens n'ont aucun intérêt personnel à une remise en cause du système pourtant tant décrié.

Nous ne devons pas investir comme si nous étions en plein marasme économique depuis 10 ans, mais au contraire tenir compte du fait que notre société mature et vieillissante est en bout de cycle comme l'est l'économie américaine. Nous verrons dès la semaine prochaine ce que cela implique pour nos investissements.

1 Comment
  1. […] La semaine dernière, je vous montrais, chiffres à l'appui, que la situation économique de notre pays n'a rien à voir avec l'image donnée par les média généralistes, les hommes politiques, et la presse spécialisée. […]

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