Crowd-equity et Crowd-lending séparent leurs trajectoires

De 68 M€ collectés en 2016, à 58 M€ en 2017 et 47,1 M€ en 2018, le marché du crowd-equity serait-il en perte de vitesse ? Ces chiffres des levées de fonds annuelles rapportées par l’association Finance Participative France (FPF) sont du moins la preuve d’un essoufflement.

Le crowd-lending, dont je vous parlais il y a deux semaines, affiche en comparaison une belle croissance de 40% sur la même période.

“20%, c’est la croissance des levées de fonds en crowd-funding en 2018. Cette grande famille d’une finance 2.0 regroupe en plus du crowd-equity [NDLR : celui dont nous vous parlons le plusrégulièrement dans ces lignes], le don participatif ou crowd-giving et le prêt participatif ou crowd-lending, plus gros marché des trois.

(...)

En 2018, les montants financés par ce biais ont crû de 40% par rapport à 2017.”

Pour revenir au crowd-equity, la décrue de 19% qu’a connu ce compartiment de la finance participative sur le marché français, entre 2017 et 2018, n’est pas le fruit du hasard.

 

Suppression de l’ISF

L’un des motifs d’explication est lié à la suppression de l’impôt sur la fortune (ISF). En effet, les investisseurs assujettis à cet impôt bénéficiait au titre du dispositif de la loi TEPA, d’un abattement fiscal de 50% des montants investis dans les PME, dans la limite totale de 45 000 € par an.

Cette “niche” s’appliquait aussi pour l’investissement dans les jeunes start-ups à travers les plateformes de crowd-equity. Pour en bénéficier, un bon nombre de contribuables n’hésitait pas à investir largement dans des fonds ISF aux performances souvent déplorables... Leur seule optique était alors celui de réduire le montant de leur imposition.

La mesure salutaire de suppression de l’ISF a, il est vrai, porté un coup dur au crowd-equity et explique la réduction des collectes.

 

Les besoins d’une réglementation souple et favorable

Le mécanisme de réduction de l’impôt sur le revenu (IR) issu de la loi Madelin reste donc une des dernièrescarottesprévuespar Bercy dans le domaine (il est également possible, sous conditions, de loger des actions non cotées dans un PEA / PEA-PME). Le contribuable peut ainsi déduire de son IR, 18% du montant qu’il a investi dans une start-up.
Un décret de la loi de finance pour 2018 prévoyait de faire passer ce taux à 25%, mais son application juridique n’est toujours pas actée. L’effort du gouvernement pour faire de la France une “start-up nation” reste pour le moment au stade des paroles.

De leur côté, les intermédiaires ont des difficultés croissantes pour récolter rapidement des fonds pour les entreprises françaises qui les sollicitent et peinent ainsi à être rentable.

Le secteur est forcé de s’adapter. SmartAngels qui lançait sa plateforme de crowd-equity il y a de cela six ans, a d’ailleurs choisi de cesser cette activité pour se concentrer sur de la pure gestion d’actifs.

Nous pouvons nous attendre à ce que d’autres plateformes, comme SmartAngels, changent leur fusil d’épaule. Cela laissera de la place à celles qui sont les mieux positionnées et qui pourront imposer leur leadership sur le marché français.

 

La carotte fiscale est mauvaise conseillère

L’essoufflement du crowd-equity ne doit pas vous inquiéter. La carotte fiscale est de toute manière mauvaise conseillère pour vos investissements.
Un des principaux soucis des investisseurs en ce début 2019 est celui de la faillite de l'intermédiaire qui a accompagné la levée de fonds. Dans ce cas, rassurez-vous, les holdings créées à l’occasion à l’occasion des levée de fonds perdurent pour les besoins de la start-up. C’est de la croissance de cette dernière dont vous dépendez.

Il importe donc de choisir les meilleurs dossiers ; ces entreprises qui ont un business model solide et une activité prometteuse pour l’avenir. Celles-ci pourront vous offrir de belles performances. Lorsque d’autres investisseurs en auront vent, je suis certain que le crowd-equity attirera de nouveau l’attention et que les montants levés reprendront le chemin de la hausse.

Ce sera, cette fois-ci, pour une bonne raison : le profit dans l’économie réelle et non la tentation d'allègement fiscaux promis par Bercy !

Nous serions ravis d'avoir votre avis

Donnez votre avis

Inscription Gratuite
Réinitialiser le mot de passe