En fin d’année, méfiez-vous des plates-formes de crowd-funding

Le mois de décembre arrive à grands pas, et avec lui ses plaisirs bien particuliers. Dans quelques jours, nous pourrons goûter aux joies des marchés de Noël avec leurs étals de cadeaux en tout genre et leur cortège de bonimenteurs...

Vous êtes frileux? Vous n'avez pas de marché de Noël à proximité de votre domicile? Pas de panique: Internet vous apporte un début de solution. Pour les cadeaux, vous savez vers géant quel de la vente en ligne vous tourner. Pour les bonimenteurs, en revanche, je vous conseille chaleureusement d'écouter les communications des plates-formes de financement participatif!

Pourquoi sommes nous sur-sollicités en fin d'année?

C'est un fait: la communication des plates-formes de levées de fonds est beaucoup plus intrusive à mesure que s'approche le 31 décembre.

Les raisons sont multiples.

Tout d'abord, la plupart des plates-formes ont, comme la majorité des entreprises, des exercices fiscaux calés sur l'année civile. Le 31 décembre représente pour elles une date butoir pour prendre en compte les montants qu'elles ont réussi à lever sur un exercice donné.
A l'approche de cette échéance, elles font feu de tout bois pour gonfler leur compte de résultat. Lorsque l'on sait que les plates-formes de levées sont en quasi-totalité déficitaires et ont elles-même recours à des levées de fonds successives pour éviter la faillite, il n'est pas étonnant de les voir faire le maximum pour obtenir les meilleurs chiffres possibles.
Leurs performances conditionnent, après tout, le succès des levées de fonds futures et par conséquent leur survie. N'oubliez pas que ces intermédiaires "de confiance" ne sont, elles aussi, que des start-ups qui opèrent à perte.

L'autre élément qui pousse les leveurs a boucler les collectes avant le 31 décembre est l'aspect fiscal.

Pour que les particuliers puissent avoir droit à la tant convoitée réduction d'impôts sur le revenu, il faut que la holding d'investissement ait été créée et ait finalisé sa participation dans la société-cible avant la fin d'année civile.

Il est donc nécessaire que les fonds soient appelés et versés quelques jours avant cette date, à défaut de quoi la réduction d'impôts ne sera acquise que pour l'année suivante.
Lorsque l'on sait que certaines collectes mettent parfois plus de six mois à être bouclées, on comprend que les investisseurs ayant investi au mois de juin ne souhaitent pas attendre le mois de septembre de l'année N+2, soit 27 mois, pour récupérer leurs 18% de ristourne fiscale!

Ces éléments, pleins de bonnes intentions, font que les plates-formes regorgent d'inventivité pour nous pousser à participer aux projets en cours avant la fin d'année.

Ne tombez pas dans le piège de l'urgence

Les arguments ne manquent pas pour vous faire passer à la caisse le plus rapidement possible. La première raison invoquée est l'imminence de la cloture des collectes. "Plus que quelques jours pour investir!" est un message que vous retrouverez souvent dans les mailings publicitaires des plates-formes.

N'oubliez jamais que la précipitation est mère de toutes les erreurs en matière d'investissement. C'est vrai pour les collectes prévues pour n'être ouvertes que quelques jours, et c'est encore plus vrai pour celles qui trainent sur les plates-formes depuis six mois.
Vous n'aviez pas envie d'investir au printemps? Sauf éléments nouveaux, vous n'avez aucune raison de changer d'avis au mois de décembre. Passez-donc votre tour sans regret, et attendez la nouvelle moisson du début d'année.

Le second argument, qu'il vous sera plus dur d'ignorer, est celui de la réduction d'impôts supplémentaire. Il n'est plus seulement question de sécuriser la réduction qui vous revient de droit grâce aux placements que vous avez fait cette année, mais bien de vous proposer d'augmenter un peu plus le chèque que Bercy vous devra en septembre prochain.

Bien sûr, tout investissement éligible que vous ferez d'ici fin décembre viendra réduire votre facture fiscale en 2020. Si vous avez quelques économies en cette fin d'année, il peut être tentant de les placer avec comme objectif premier d'aller votre IR payé en 2020. Toutefois, je vous conseille de ne jamais prendre en compte la réduction fiscale dans votre calcul de retour sur investissement.

Le temps où il était possible de récupérer 50% des montants investis via une baisse de l'ISF est révolu, et les maigres 18% octroyés par Bercy sur l'IR ne sont pas significatifs au vu de l'incertitude de l'investissement dans une entreprise non-cotée.

Si vous êtes tenté d'investir pour gagner 18% quitte à perdre 100%, mieux vaut placer votre argent durement gagné sur d'autres supports d'épargne.

Outre ces grosses ficelles, nous voyons cette année les plates-formes être de plus en plus inventives dans leur manière de relancer des campagnes à bout de souffle. L'une d'entre elles a, ce mois-ci, eu l'outrecuidance de présenter une de ses campagnes de fonds de tiroir comme si sa collecte venait juste de débuter.

Les abonnés à sa newsletter ont pu recevoir une incitation à réserver des places avant le prétendu lancement d'une collecte pourtant ouverte depuis le mois de mars!

Ces comportements à la limite de l'honnêteté nous rappellent une chose: l'intérêt des plates-formes de financement participatif n'est que partiellement aligné avec le vôtre. Ne prenez jamais ce qu'elles annoncent pour argent comptant: en cas de faillite des entreprises, n'oubliez pas qu'elles auront perçu leurs commissions depuis bien longtemps et que vous serez la seule partie lésée.

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