Et maintenant, les taux négatifs pour tous !

En cette fin d'année, les banquiers européens jettent discrètement l'éponge.

Vous n'êtes pas sans savoir que la politique de taux négatifs de la BCE a mis à mal le business model des banques de détail. Les prêts au particuliers se concluent à des taux toujours plus bas. Vos dépôts, en plus de ne plus rien leur rapporter, leur coûtent désormais de l'argent au rythme de -0,5% par an.

Depuis toujours, les banques couraient après les liquidités et courtisaient les épargnants pour héberger leurs fonds. Désormais, l'argent leur brûle les mains. Vous avez de l'argent à placer? Et si vous alliez voir ailleurs...

Seule la bulle immobilière profite de ce système qui marche sur la tête. Les banques, honnies de tous depuis la crise des subprimes, sont les premières perdantes de la situation actuelle. Elles se sont restructurées, ont fermé des centaines d'agences, licencié des milliers d'employés. Aux abois, certaines d'entre elles franchissent le Rubicon en taxant les dépôts des particuliers.

 

L'exception qui devient la règle

La Volksbank Raiffeisenbank de la ville de Fürstenfeldbruck, près de Munich, aura été la première à dégainer.

Elle va désormais taxer les dépôts des particuliers sur les comptes à vue dès le premier euro. Jusqu'ici, les banques suisses et allemandes taxaient uniquement les épargnants dont les sommes dormantes dépassaient les 100 000 € (ou 100 000 CHF). Début novembre, la limite psychologique des 100 000 € a été franchie lorsque la Volksbank Magdeburg a introduit un taux d'intérêt négatif pour les encours dépassant 75 000 euros.

Au mois de septembre, près d'une banque allemande sur quatre (23%) facturait des taux négatifs aux particuliers à partir d'un certain volume d'épargne. La taxation des dépôts était devenue normale "pour les riches", elle va désormais le devenir pour tous.

Il y a quelques années, nous pouvions nous demander "comment gagner de l'argent sur mon épargne?". Depuis 2007, la question était plutôt "comment rattraper l'inflation?". Désormais, il faudra se demander "comment perdre le moins d'argent possible sur mes dépôts?".

 

Les banques de détail entre le marteau et l'enclume

Qu'il est loin le temps où les épargnants français réclamaient à cor et à cri la rémunération des comptes courants! Le ni-ni des banques (ni facturation des chèques et encaissements, ni rémunération) qui a assuré leur rentabilité durant des décennies est désormais intenable.

Capturer les taux d'intérêts servis par la banque centrale aux dépends des épargnants était une chose: absorber les taux négatifs en est une autre.

Aujourd'hui, les banques n'ont plus de marge de manœuvre. Suite à la crise des subprimes, elles ont été mises à contribution par les Etats pour remplir leurs poches d'obligations émises par des nations en faillite. Résultat des courses: leurs bilans sont pleins à craquer de créances pourries qu'il faudra bien comptabiliser à leur juste valeur un jour ou l'autre.

Les banques européennes sont donc virtuellement, elles aussi, en faillite. Elles peuvent soit se recapitaliser fortement (mais cela serait un véritable signal d'alarme sur les marchés) soit tenter de dégager de la valeur ajoutée sous forme de produit net bancaire.

La première chose à faire pour gagner de l'argent est de cesser d'en perdre. Plus question, désormais, d'absorber les -0,5% imposés par la BCE sur les dépôts: citoyens comme PME seront bientôt mis à contribution et se verront facturés, au centime-près, le coût de la politique monétaire de la banque centrale.

 

Quel impact pour votre liberté financière?

Comme toute mesure punitive, la taxation des dépôts a d'abord été introduite comme une mesure exceptionnelle qui ne concerne que les autres (en l'occurrence, "les riches") avant d'être progressivement étendue à l'ensemble des citoyens.

Nos dirigeants appliquent actuellement la même technique avec les espèces. La disparition des billets de 500 € a été justifiée pour lutter contre le terrorisme/le blanchiment d'argent/le travail au noir et autres chiffons rouges. Ne soyez pas dupe: le but premier est d'empêcher tout stockage de valeur hors du système bancaire.

Vous avez 100 000 € sur un compte et ne souhaitez pas le voir amputé, en plus de l'inflation, de -0,5% par an? Vous n'avez pas beaucoup de choix: si vous souhaitez disposer de cet argent en espèces et le stocker chez vous en billet de 100 €, il vous faudra 5 fois plus de place qu'en billets de 500€. En billet de 20€, le volume occupé est multiplié par 25. Ce qui tenait dans une enveloppe tient dans un tiroir, ce qui tenait dans un tiroir nécessite un placard entier.

Dans la société cashless que nos dirigeants appellent de leurs vœux, vous n'aurez même plus cette encombrante possibilité.

La BCE aura alors toute latitude pour continuer la fuite en avant vers le néant. A -0,5% par an, s'encombrer d'un coffre-fort chez soi ne vaut certainement pas la peine. Mais quelle décision prendrez-vous le jour où votre banque taxera vos dépôts à -2%, -5%, -10% par an? Les billets de banque sous le matelas vous sembleront alors une alternative tout à fait acceptable... mais peut être n'existeront-ils tout simplement plus à ce moment-là.

La solution pour vous protéger de cette folie bancaire? L'or, encore et toujours, qui permet de stocker facilement de la valeur, et les investissements débancarisés comme les actions détenues en nom propre et les obligations d'entreprises solvables.

N'oubliez pas que l'argent que vous déposez à la banque sous quelque forme que ce soit ne vous appartient plus: vous le donnez à l'établissement en échange d'une reconnaissance de dette de la banque envers vous. Vous ne le contrôlez plus, êtes soumis au risque de contrepartie en cas de faillite et, en cas de bank run, au gel de vos actifs du jour au lendemain.

Vivre sans compte bancaire est aujourd'hui matériellement impossible en Europe - mais rien ne vous oblige à y déposer l'épargne de toute une vie.

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