Et si l’Etat laissait les entreprises travailler?

Avec le retour très progressif à la normale, nombre de citoyens espèrent que l'épidémie de Covid-19 laissera place à un monde amélioré sur certains points - à défaut d'être expurgé de tous ses excès.

Chacun voit bien sûr midi à sa porte. Les écologistes rêvent d'avions définitivement cloués au sol, les communistes de nationalisations, les nationalistes de frontières fermées... Pour notre part, nous rêvons d'une économie plus efficace où les citoyens pourraient s'enrichir par leur travail et leur épargne.

Le conditionnel est de mise. En France, pays champion des prélèvements obligatoires et de la dépense publique, la richesse créée est majoritairement taxée et redistribuée. Un indépendant exerçant une activité intellectuelle où son travail produit de la richesse immatérielle est matraqué de prélèvements divers.

Après déduction de la TVA (20%), des cotisations sociales (45%), et de l'impôt sur le revenu (prenons l'hypothèse de 30% même s'il peut monter à 45%), l'Etat laisse généreusement à notre "riche" travailleur 32 € chaque fois qu'il crée pour 100 € de richesse. Pas étonnant de voir fleurir dans notre pays des situations ubuesques où les travailleurs libéraux n'exercent qu'à mi-temps: lorsque que votre résidence principale est remboursée, que vos enfants sont indépendants, et que votre niveau de vie vous convient, s'échiner à la tâche est tout de suite moins attirant lorsque 68% des fruits de votre travail sont confisqués!

L'exemple du travailleur indépendant dont les deux-tiers de la richesse créée est prélevée est saisissant, mais l'étatisme à la française concerne tout autant les entreprises.

Le feuilleton Sanofi de la semaine dernière nous en a apporté une nouvelle illustration.

 

Quand l'Etat se prend les pieds dans le tapis interventionniste

Résumons en quelques mots ce fiasco politico-industriel que vous pourrez retrouver in extenso dans la presse généraliste. Mercredi 13 mai, le DG britannique du laboratoire pharmaceutique Paul Hudson confiait à Bloomberg que les Etats-Unis seraient prioritaires pour la livraison d'un futur vaccin contre le coronavirus.

Pour ce dernier, « Les Américains auront le droit à la plus importante précommande, parce qu’ils ont pris un risque pour financer ces recherches avant les autres, dès le mois de février ».

Les jours suivant, nous apprenions que les USA avaient versé à Sanofi près de 30 millions d'euros pour travailler sur le vaccin, et que le groupe avait perçu de la France 150 millions d'euros au total au titre du Crédit Impôt Recherche.

Ces comptes d'apothicaires ne font pas avancer le débat. Les partisans d'une préférence nationale y verront à la preuve que l'Hexagone doit être prioritaire du fait de l'importance des subventions versées. De l'autre côté de l'Atlantique, les Américains répondront, en ayant tout aussi raison, que leurs dépenses étaient pointées vers la recherche anti-SARS-CoV-2 contrairement au CIR français qui est une subvention globale qui ne représente que 1,5% du chiffre d'affaires du groupe pharmaceutique, et ne donne à ce titre aucun droit de préemption sur l'ensemble des activités du groupe.

Là où ce feuilleton est instructif, c'est qu'il met en lumière les limites de l'interventionnisme étatique français. Notre pays n'a toujours pas clarifié sa position quant à l'économie de marché et au rôle de l'Etat. Nous continuons à considérer notre économie comme libérale alors que la dépense publique représente 56% du PIB. Cette ambiguïté crée des tensions irréconciliables lorsque les objectifs de l'Etat s'opposent à ceux des acteurs économiques... et le comportement durant la crise du Covid-19 ne va pas améliorer la situation.

 

Le rôle de l'Etat doit absolument être clarifié

L'exemple de Sanofi montre le caractère intenable des subventions étatiques telles que nous les pratiquons. Dans une économie dirigée, l'Etat garantit les finances des entreprises et prend les décisions. Dans une économie de marché, l'Etat ne subventionne pas les acteurs économiques et les laisse libre de commercer comme ils le souhaitent, avec qui ils le souhaitent.

La voie médiane choisie par la France, qui verse chaque année plusieurs centaines de milliards d'euros aux entreprises qui sont par ailleurs matraquées de charges, vient brouiller un peu plus la chaîne de responsabilité.

Il faut clarifier d'urgence le rôle des subventions. Sont-elles des aides sans condition, ou une sorte de nationalisation? Sanofi est-elle libre de commercer comme elle le souhaite, ou non?

Cette question est primordiale car elle va au-delà de l'enjeu de santé publique qu'est un vaccin contre le coronavirus. Les compagnies aériennes sont dans la même situation. Air France a reçu un prêt de 7 milliards d'euros de l'Etat, mais se voit désormais contrainte de suivre un programme écologique "en contrepartie". De même, les pressions sont de plus en plus fortes pour que les entreprises ayant reçu de près ou de loin des aides publiques ne versent pas de dividendes.

La confusion des genres est dangereuse. Ces aides sont-elles des prêts à des acteurs économiques dans un marché libre, ou des nationalisations qui ne disent pas leur nom? Faut-il prendre acte que nous sommes dans un pays où toucher des aides d'Etat implique de devenir acteur des plans gouvernementaux?

Souhaiter une économie de marché ou une économie dirigée est affaire d'opinion personnelle. Ce qui est certain, c'est que la France qui était dans un entre-deux inconfortable avant l'épidémie va devoir faire face de manière bien plus intense à ses contradictions.

Avec près de 400 milliards d'euros engagés par l'Etat durant les deux derniers mois, la question des conditions implicites de ces aides va se poser plus crûment que jamais.

Ne pensez pas que seules les multi-nationales soient concernées: la plupart des entreprises hexagonales, y compris celles dans lesquelles nous investissons en financement participatif, ont reçu des aides ces dernières semaines. Il est vital qu'elles sachent ce que cette largesse étatique implique comme conséquence sur leur gouvernance et leur capacité à commercer avec l'étranger.

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