Grandes manœuvres au capital des start-ups

Les IPO les plus médiatiques sont souvent, nous vous le répétons à l'envi, de véritables pièges pour investisseurs crédules.

Le parcours boursier d'Uber (-12 % en 24 heures, et toujours sous le cours d'introduction malgré un léger rebond), et de Lyft (-32% depuis fin mars dans une tendance baissière désormais bien établie) sont là pour le rappeler.

Ne nous éternisons pas sur les malheureuses victimes de ces machinations boursières bien orchestrées: en tant qu'abonné à Crowd-Funding.fr, vous faites partie de la petite fraction d'investisseurs qui préfère l'information aux belles histoires et êtes, à ce titre, certainement immunisé contre les sornettes des banques d'affaires.

Si vous venez de nous rejoindre, vous pouvez peut-être penser, en lisant nos dernières publications, que nous sommes fondamentalement hostiles aux IPO. Bien au contraire: une introduction en Bourse est généralement la plus belle porte de sortie pour les investisseurs présents au capital d'entreprises non cotées! De la même manière, les prises de participations significatives lors des gros tours de table sont souvent l'occasion, pour les particuliers, de céder leur participation à des fonds qui préfèrent "faire le ménage" dans l'actionnariat de l'entreprise-cible. Les conditions sont généralement trop belles pour que l'offre soit refusée, offrant ainsi aux particuliers une plus-value appréciable.

Il est donc important de suivre l'état d'esprit des fonds et autres entreprises habituées aux rachats. Ce n'est que lorsque ces opérations sont fréquentes que les particuliers peuvent espérer céder leurs actions non-cotées. Bonne nouvelle: le marché est extrêmement dynamique en ce printemps 2019.

 

Les valeurs françaises ont le vent en poupe

La start-up française DNA Script, spécialisée dans la synthèse d’ADN, vient de boucler un tour de table qui lui apporte 35 M€ d’argent frais.

Pour cette levée, le fonds Life Science Partners s’est entouré de Bpifrance et des investisseurs historiques, notamment Illumina Ventures, Merck Ventures et Sofinnova Partners.

L’entreprise avait déjà levé 11 M€ lors de son tour « Serie A » il y a deux ans.

Si les grands noms de l’investissement et du secteur bio-médical croient en DNA Script, c’est parce que la start-up dispose d’un savoir-faire unique. Elle a développé une véritable imprimante à ADN, capable de synthétiser du matériel génétique artificiel à la demande.

Si la fabrication d’ADN n’est pas une nouveauté (les méthodes chimiques sont déjà utilisées depuis des années par les chercheurs), l’imprimante de DNA Script a pour ambition de banaliser la pratique. Cette démocratisation de l’édition génétique permettra d’accélérer la recherche et, à terme, de rendre plus réactif la création de traitements personnalisés pour chaque patient.

 

Valse des millions aux Royaume-Uni

Hors de nos frontières, une opération encore plus impressionnante a eu lieu.

L’entreprise de livraison à domicile Deliveroo a annoncé vendredi dernier avoir levé pas moins de 575 millions de dollars lors d’un tour de table en « Série G ». A l’issue de cette levée, la start-up aura reçu plus de 1500 M$ de ses investisseurs. Ce nouveau round a regroupé T Rowe Price, Fidelity Management, Greenoaks et un certain… Amazon.

L’arrivée d’Amazon (pour un montant non divulgué) au capital de Deliveroo est tout à fait logique. Le géant américain est, nous le savons, toujours à la recherche de diversifications pour étendre son hégémonie. Sa stratégie, répétée sur de nombreux marchés, d’ignorer superbement toute notion de rentabilité pour écraser la concurrence se retrouve tout à fait dans le mode de fonctionnement de Deliveroo.

La start-up, dont le dirigeant annonce ouvertement s’être inspiré de la philosophie de Jeff Bezos, cumule les pertes: 120 M£ en 2016, 184 M£ en 2018. Elle doit désormais faire face à une concurrence de renom puisqu’Uber s’est également lancé, en 2014, dans des activités similaires avec sa branche Uber Eats.

Nul doute qu’Amazon saura apporter, en plus de son capital, un savoir-faire bienvenu pour aider Deliveroo a survivre avant brûlé tout son capital et la mener jusqu’à l’IPO.

Dans l’intervalle, ce sont une fois de plus les investisseurs de la première heure qui sont gagnants. Lors de son premier tour, en juin 2014, Deliveroo n’avait levé que 2,7 M£. Cette levée était proche, en montant, de celles que nous finançons régulièrement en crowd-equity.

La preuve est faite que les leaders en devenir passent toujours par une phase où leur besoin en financement peut être couvert par l’épargne des particuliers.

Nous ne pouvons que nous réjouir qu’il existe encore cet ilot capitalisme fonctionnel dans notre économie pervertie par la dette — et il ne tient qu’à nous d’en faire profiter nos placements.

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