Investir sans politiquement correct

La semaine dernière, je vous montrais, chiffres à l'appui, que la situation économique de notre pays n'a rien à voir avec l'image donnée par les média généralistes, les hommes politiques, et la presse spécialisée.

Loin de moi l'idée de devenir le Don Quichotte des fantasmes collectifs. Après tout, les sociétés ont besoin de mythes communs autour desquels se regrouper. Plus ils sont catastrophistes, plus ils sont fédérateurs. L'explosion des inégalités, la crise sans fin, et même l'urgence climatique sont autant d'évidences au sujet desquelles tenter de tenir un discours cartésien et dépassionné est impossible tant ces sujets font, justement, l'objet d'une attention résolument subjective.

Pour votre tranquillité d'esprit, mieux vaut embrasser le discours mainstream et vous ranger à l'opinion publique. Dans le cas contraire, prévoyez des pauses-café entre collègue et des dimanches en famille tendus si vous osez proférer des paroles anti-consensus sur ces sujets brûlants...

Là où je vous conseille toutefois de refuser de suivre le troupeau, c'est au sujet de vos investissements.
Vos collègues, vos amis, votre coiffeur et votre banquier sont peut être les premiers à asséner les contre-vérités sous couvert de "bon sens"... mais il ne vous remboursement pas des pertes que vous aurez subies pour avoir investi suite à un raisonnement basé sur des suppositions erronées.

Petit memo de l'investisseur

L'investissement est une affaire personnelle. Votre responsabilité en tant qu'individu est de faire fructifier votre capital au mieux, pas de rendre vos investissements compatible avec la bien-pensance du moment.

Je vous propose en guise de préambule un petit test mental que vous pouvez effectuer avant chaque décision d'investissement.

Avant de vous lancer, posez-vous la question suivante: "Est-ce que j'aurais envie de raconter cet investissement à mes amis/ma famille/mon conjoint/mon chauffeur de taxi?". Si la réponse est oui, méfiez-vous.

Cette stratégie est une simple prolongation de la philosophie dite contrarienne, qui consiste à ne pas investir dans les tendances déjà connues du grand public pour éviter de faire partie des derniers acheteurs et de se positionner juste avant les effondrements de marché. La raison sous-jacente est simple: si tout le monde est au courant, la plupart des acheteurs ont déjà pris position et il ne restera donc bientôt plus que des vendeurs.

Aujourd'hui, outre la simple comparaison flux d'achat/flux de vente, nous ajoutons la dimension de la pression sociale.

Si l'investissement que vous envisagez de faire est déjà non seulement connu, mais en plus politiquement correct, vous ajoutez aux acheteurs opportunistes (mais mal avisés) un nombre incalculable de "bons citoyens" qui ont n'ont investi que pour soutenir une noble cause.

Croyez moi, vous n'avez pas envie d'acheter en même temps qu'eux, ni d'être en concurrence avec eux lorsque tout le monde voudra se débarrasser des actifs en question.

Trois investissements à éviter

1. Le développement durable

Ne confondez pas le désir de "sauver la planète", de réguler le climat, et d'assurer la stabilité à 1m près du niveau des océans avec la croissance économique. Il n'y a aucune raison intrinsèque à ce que des investissements éco-responsables soient rentables.

Bien au contraire: les projets qui commercialisent des solutions alternatives en terme d'énergie, d'agriculture, d'alimentation ont souvent une offre de valeur inférieure à l'existant. Si ces modes de production étaient plus efficaces, ils seraient naturellement adoptés par les acteurs, et ne feraient pas appel à la fibre écologique des investisseurs!

Soyez donc bien conscient que toutes ces entreprises dépendent soit d'un consentement à payer supérieur d'un segment de clientèle motivé par des questions de pression sociale; soit de subventions publiques.
Ces deux sources de revenus peuvent se tarir du jour au lendemain.

2. La dette

Non, nous ne sommes pas au début d'une nouvelle ère. Non, il n'est pas normal que les taux d'intérêt soient négatifs et le restent si longtemps. Non, les citoyens ne sont pas sur Terre pour financer les Etats impécunieux.

Bien sûr, il est possible que les banques centrales aillent plus loin dans la folie et que les taux continuent à diminuer, faisant des prêteurs d'aujourd'hui des gagnants par rapport aux taux de demain. Comme dit l'adage, les marchés peuvent rester irrationnels plus longtemps que les particuliers ne sont solvables.

Cela n'empêche pas que nous sommes en fin de cycle (et non au début d'un nouveau). Les taux d'intérêt de la dette baissent sans discontinuer depuis les années 1970 et le passage sous le zéro n'est qu'une nouveauté arithmétique.

Soyons clairs: laisser votre argent à la banque ou souscrire à des obligations d'Etat par le biais de contrats d'assurance-vie ne fait pas de vous un citoyen modèle. Cela signifie simplement que vous acceptez de perdre votre argent si les Etats admettent enfin leur faillite.

2. Les start-ups qui valent des milliards

Au risque de voir cet article censuré, je vous livre tout de même mon analyse brute de la situation: nous sommes revenus dans une bulle technologique comme il y a 20 ans.

Qu'une entreprise comme Tesla fasse fi de tout objectif de rentabilité durant des années, soit. Notre économie peut se permettre de faire vivre à perte quelques champions technologiques, et il faut reconnaître que le constructeur a su dépoussiérer le secteur du véhicule électrique.

En tant qu'investisseur, je préfère voir Apple révolutionner le smartphone et faire des milliards de bénéfices que voir Tesla révolutionner l'automobile en faisant des milliards de pertes, mais nous pouvons accorder à cette dernière un certain intérêt social.

Ce qui est inconcevable, en revanche, est de voir les licornes [NDLR: les start-ups valorisées plus d'un milliard de dollars] se multiplier aussi rapidement, y compris hors des marchés cotés.

Notre économie ne peut pas financer à perte autant d'entreprises qui n'ont pas prouvé leur utilité sociale en dégageant des bénéfices. Dernièrement, c'est WeWork qui a fait les gros titres de la presse financière en préparant une introduction en Bourse en septembre avec une valorisation prévue de 47 milliards de dollars. C'est plus que la capitalisation boursière d'Orange, de Dassault Systemes, c'est aussi le double de la Société Générale... et nous parlons d'une start-up qui a réussi à doubler ses pertes entre 2017 et 2018 alors qu'elle doublait dans le même temps son chiffre d'affaires!

Ces entreprises sont des véritables puits sans fond pour les actionnaires. Alors bien sûr, vous pouvez dire avec fierté que vous possédez des actions Tesla (ce qui reste moins cher que d'acheter le véhicule), ou que vous avez participé à l'IPO de WeWork... Mais soyez bien conscient que ce faisant, vous achetez le droit de vous vanter, pas des titres destinés aux investisseurs avisés.

Voici trois investissements populaires qu'il faut éviter à tout prix. Rassurez-vous, cher lecteur, nous ne terminons pas cette série sur une note négative et mon objectif n'est pas de faire de vous un ours qui n'investit que dans le politiquement incorrect. Je vous donne rendez-vous dès la semaine prochaine pour découvrir quelques investissements socialement acceptables tout en étant dotés d'un beau potentiel de rentabilité.

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