Le crowd-funding à l’heure de la rentabilité

Vous connaissez notre attachement pour l'économie de marché libre et non faussée, et à quel point nous préférons voir les acteurs économiques mettre en place des offres de service utiles et rentables plutôt que de les voir engloutir fonds publics ou capitaux privés.

C'est ce biais de sélection fort et assumé que vous retrouvez dans nos dossiers. Nous refusons catégoriquement d'apporter des capitaux aux entreprises dont le projet (souvent ouvertement affiché) est de les dépenser sans compter. En plus d'être délétère et destructrice de richesse, cette stratégie est souvent désastreuse pour les actionnaires. Pour paraphraser Margaret Thatcher, les entrepreneurs finissent toujours par arriver à court de l'argent des autres. Faire du dumping sur un marché est du suicide si vous n'êtes pas certain que vos concurrents ne seront pas solvables plus longtemps que vous. A l'heure de l'argent-gratuit, parier sur le manque de capitaux de la concurrence est une stratégie des plus risquées.

Cette grille de lecture, nous l'appliquons aux entreprises mais aussi aux plates-formes de levées de fonds, et nous avons souvent eu l'occasion de vous faire part de notre inquiétude face au manque de solvabilité de ces dernières.

Pour l'instant, toutes fonctionnent sur le modèle de la start-up technologique par excellence: brûler de l'argent tout en essayant de survivre plus longtemps que les concurrents.

Aussi, nous considérons comme une excellente nouvelle tout changement dans ce business-model.

Anaxago cherche la rentabilité

Nous avons constaté, lors des dernières levées de fonds menées par Anaxago, un changement non négligeable dans leur politique de tarification.

Alors que la plate-forme facturait autrefois 5% de frais de dossier aux souscripteurs, et 5% de la somme levée aux entreprises, elle a décidé de réserver l'ensemble de ses frais aux seuls investisseurs.

Pour que la pilule passe plus facilement, les frais d'entrée restent à 5%, mais chaque actionnaire se verra prélevé des frais représentant 1% du montant brut de la souscription tous les ans, et ce durant 4 ans.
En pratique, ce sont donc bien 9% des montants levés qui seront prélevés par la plate-forme. Cela signifie que les investisseurs particuliers ne verront que 91% de leur mise convertie en actions. Nombre d'investisseurs se sont émus de devoir supporter ainsi l'intégralité des frais, d'autant qu'ils réduisent d'autant le montant de l'enveloppe éligible au crédit d'impôts sur le revenu.

Pour les particuliers, la sanction est double: un montant plus faible investi et une réduction d'impôts moindre. Bien sûr, en cas de perte sèche sur les actions souscrites, ces sommes ne sont pas récupérables.

La pilule a d'autant plus de mal à passer qu'Anaxago n'a pas pour autant baisser ses "success fees", ces sommes prélevées en cas de cession bénéficiaire des titres. Elles représentent encore 10% de la plus-value.

Gourmandise ou retour à la réalité?

La nouvelle grille tarifaire, qui est visible dans les prospectus règlementaires mais, à notre connaissance, pas encore publiée sur les pages en accès libre du site, est applicable dès aujourd'hui à l'ensemble des projets d'innovation.

S'il est naturel de regretter, en tant qu'investisseur, de voir la rentabilité potentielle des opérations baisser tout en gardant un risque identique, il ne faut pas oublier que les plates-formes opèrent dans un marché ultra-concurrentiel. Elles se battent au quotidien pour obtenir les faveurs des entreprises et accompagner leurs levées, et nous sommes très bien placés pour savoir à quel point les bons dossiers sont rares.

Selon les équipes d'Anaxago, offrir aux entreprises des levées sans frais de souscription était un impératif pour les séduire, et c'est très probablement vrai. En franchissant le pas, Anaxago verra son attractivité renforcée et aura mécaniquement accès à bien plus d'entreprises en phase de levée.

Restera désormais aux acteurs de la chaîne de valeur (entrepreneurs, plates-formes) à clarifier leur position pour que le crowd-funding reste intéressant pour les investisseurs particuliers. Espérons également que la plate-forme ne profite pas de son attractivité retrouvée pour multiplier les projets douteux, et qu'elle se concentre sur ceux ayant un réel potentiel de plus-value.

Que les leveurs n'oublient pas non plus que leur métier existe certes grâce aux entreprises, mais aussi et surtout grâce aux particuliers qui répondent présent. Déjà accablés de taxes et d'impôts, ils n'ont pas vocation à financer, à fonds perdus, les frais de gestion des intermédiaires financiers.

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