Le PER: un nouveau moyen de confiscation de votre épargne

"Modernisation!"

Voilà qui fait vendre, qui fait sérieux, qui fait responsable, voire inévitable. Quiconque s'oppose ou simplement doute face à une modernisation est un dangereux rétrograde.

Tous nos ministères regorgent de bonnes idées, et Bercy ne fait évidemment pas exception. La dernière réforme en date concerne notre épargne retraite. Avec le PER, promis, capitaliser en vue de sa retraite sera facile, transparent, plus souple et intéressant pour le citoyen-contribuable.

Que d'avantages! C'est ce que matraquent en boucle les communicants du ministère, relayés par les médias généralistes et la presse économique qui font preuve d'une complaisance coupable.

La réalité est que le PER est un énième dispositif destiné à capter et immobiliser l'épargne des Français. Tout est mis en place, une fois de plus, pour vous retirer l'accès à votre argent le plus longtemps possible.

 

Un Plan pour tous les unifier

Le nouveau dispositif d'épargne-retraite est censé apporter deux grandes nouveautés.

Tout d'abord, le PER a vocation à remplacer l'ensemble des mécanismes d'épargne-retraite existants. Il se substitue au PERP, aux contrats Madelin, à l'épargne-retraite collective d'entreprise et autres contrats supplémentaires qui rendaient le choix difficile. Les contribuables devaient souvent se remettre aux conseils de leur établissement bancaire ou de leur employeur pour décider comment épargner pour leur retraite, ce qui n'est jamais une bonne idée tant les intérêts divergent. Aujourd'hui, un véhicule unique permet d'épargner pour sa retraite avec des conditions unifiées.

Autre point positif: le PER signe l'arrivée de la possibilité de récupérer son argent sous forme de capital. Autrefois limitée à la rente viagère, la sortie peut désormais se faire en capital, en rente, ou de façon panachée.
Pour les investisseurs avisés, c'est sans aucun doute une excellente chose: il devient possible d'épargner pour sa retraite tout en ne faisant pas une croix sur le capital placé.

Voilà pour les bonnes nouvelles, dont tout le monde peut se féliciter. Faut-il pour autant se jeter sur ce nouveau dispositif et réorienter sa capacité d'épargne vers un PER? Rien n'est moins sûr.

 

Des conditions pas si avantageuses

Passons rapidement sur le fait que l'unification tant annoncée n'a finalement pas eu lieu. Le PER, qui devait être unique, sera décliné en trois compartiments distincts: PER, PERcol (successeur du Perco) et PERo. Nous savons que nos fonctionnaires ont une sainte horreur de la simplicité, aussi votre surprise sera toute relative.

La faiblesse de ce nouveau PER tient surtout dans la fiscalité. Certes, les versements peuvent être déduits du revenu imposable de l'année en cours comme ils l'étaient dans les anciens dispositifs, mais la sortie en capital entrainera la ré-intégration du capital retiré aux revenus de l'année de sortie.

En d'autres termes, épargner sur le PER ne permet pas de défiscaliser ses revenus mais simplement de différer leur imposition. Un contribuable soumis au même taux marginal d'imposition lors de la phase d'épargne que lors de la phase de dé-collecte aura par conséquent réalisé une opération blanche. Pire encore: le taux marginal d'imposition a tendance à augmenter au fil des carrières. Il est donc tout à fait possible de se retrouver plus imposé sur le capital placé dans le PER que s'il avait été mis, par exemple, dans une assurance-vie!

Ce coup de matraque différé vient en totale opposition avec la logique de la retraite par capitalisation, qui veut normalement que les citoyens épargnent peu, mais en commençant très jeunes, pour leur retraite. Avec le PER, ils risquent de se voir in fine plus imposés que s'ils ne profitaient pas de cet "avantage fiscal"... Et je ne parle bien sûr que de l'imposition du capital investi: les bénéfices, que l'on peut espérer important après des décennies d'épargne et de placement sur les marchés financés, sont bien évidemment soumis en sus à la flat-tax de 30%.

Quelle mouche a piqué Bercy?

Vous le voyez, le PER vous rapportera peu, et peut même selon l'évolution de votre situation personnelle finir par vous coûter beaucoup. Individuellement, vous n'avez donc probablement pas intérêt à y souscrire.
Pourquoi se donner tant d'effort pour mettre en place ce système représentant peu d'avantages pour les épargnants? Tout simplement parce qu'il permet à Bercy de vous inciter à verrouiller votre épargne.

Depuis les Lois Sapin, adoptées en 2016, les épargnants savent que les capitaux placés en assurance-vie sont à la disposition de l'Etat qui peut, sur simple décret, interdire les retraits. Tant que ces supports étaient intéressants, les épargnants prenaient le risque de voir leur épargne confisquée pour grappiller quelques points de rendement.
Las! La baisse continue des taux d'intérêt rend l'assurance vie de moins en moins attractive. Même les banques rechignent désormais à proposer des contrats à capital garanti. Bercy risquait par conséquent de se retrouver à cours d'argent à saisir en cas de tempête sur les marchés des taux.

Comment, dès lors, s'assurer d'avoir la mainmise sur l'épargne des Français? En la redirigeant tout simplement vers des supports bloqués par principe. Lorsque vous placez votre argent durement gagné dans un PER, il ne vous appartient plus. Il est confié à un organisme qui se chargera de le placer... mais il n'est plus à vous. Tout ce que vous avez, c'est la promesse de pouvoir le récupérer dans des décennies, après un coup de matraque fiscal que beaucoup n'auront pas anticipé.

Autant dire que l'argent placé sur le PER n'est plus votre épargne, elle devient celle du système bancaire qui, rappelons-le, finance le déficit de notre Etat sur-endetté.

Alors, vous sentez-vous l'âme d'un bailleur d'Etat en faillite? Si oui, le PER est fait pour vous!

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