L’économie peut-elle rebondir?

Nous progressons chaque jour dans la connaissance des conséquences de l'épidémie de Covid-19.
Les scientifiques accumulent en permanence de nouvelles données sur la maladie et les économistes, de leur côté, disposent de plus en plus de chiffres pour comprendre l'ampleur du choc sur l'activité du pays causé par le confinement.

Pour la première fois, il est possible de calculer le coût et l'efficacité des mesures sanitaires prises dans l'Hexagone.

 

Quel coût/bénéfice pour le confinement?

Selon des modélisations réalisées par une équipe de l’Ecole des hautes études de la santé publique (EHESP), 62 000 morts prématurées ont pu être évitées en deux mois grâce au confinement généralisé. Ce chiffre est bien sûr à prendre avec le recul nécessaire, mais il a l'avantage de fournir une estimation pour calculer le bénéfice sanitaire engendré par l'effort collectif.

Le coût direct de ces mêmes mesures est plus difficile à établir. La baisse d'activité industrielle et commerciale durant le confinement sera partiellement rattrapée lors du retour à la normale, tandis qu'une proportion inconnue restera définitivement perdue. Pour les finances publiques, outre le coût direct oscillant entre 50 et 100 milliards d'euros, ce sont près de 300 milliards d'euros de prêts garantis par l'Etat dont l'issue est incertaine.
Selon l'ampleur du rebond tant attendu, le coût pour l'Etat pourrait donc osciller entre 50 et 400 milliards d'euros.

Partons sur l'hypothèse très optimiste de 200 Md€ de coût total du confinement pour notre pays. Ces 200 Md€ se répartissent entre une perte immédiate de pouvoir d'achat (perte de salaire, d'activité pour les entreprises, de facturation pour les indépendants) et une perte différée sous forme d'endettement de l'Etat qu'il faudra bien rembourser un jour ou l'autre.

Soyons clairs: nous n'avons payé, pour l'instant, qu'une microscopique fraction du prix du confinement sous forme de perte de revenus. Nous en avons déjà récolté les fruits (les fameuses 62 000 morts prématurées évitées), mais le gros de l'addition nous sera présentée dans les prochaines années.

Sur la base de ces premières estimations, dont l'ordre de grandeur ne changera vraisemblablement plus, le coût de chaque mort prématurée évitée est de 3 225 806 €.
Vous avez bien lu: notre pays a dépensé plus de trois millions d'euros pour chaque mort évitée par le Covid-19.

Cette somme est astronomique et totalement déconnectée de notre capacité de financement. A l'échelle d'une vie, un Français coûte en moyenne 240 000 € au système de santé. Il faudrait plus de 330 ans au salarié moyen français pour injecter cette somme sous forme de cotisation dans les caisses de l'Etat.

Au vu de ces éléments, le confinement, tout bénéfique qu'il soit au niveau sanitaire, s'avère être économiquement insoutenable.

Pire encore, rien ne dit que l'économie reprendra du poil de la bête à partir du 11 mai.

 

En L, U, V, W : choisissez votre reprise!

Une incertitude totale plane sur la manière dont les agents économiques se comporteront une fois le confinement levé. Les entreprises, qui ont reçu des aides publiques tous azimuts durant la période, sortiront-elles indemnes de leur coma artificiel ? Les salariés, dont le pouvoir d’achat a été préservé grâce à un recours sans précédent au chômage partiel, reprendront-ils le chemin de la consommation ?

Selon l’INSEE, ce sont plus de 480 000 emplois qui ont été détruits en deux mois. Ces emplois supprimés viendront-ils augmenter la compétitivité de nos entreprises et augmenter les exportations ? Les producteurs feront-ils repartir leurs chaines de production à toute vitesse pour rattraper le temps perdu, ou anticiperont-ils une baisse durable de la demande qui nous fera entrer dans un cercle vicieux déflationniste ? Cet été encore, des mécaniques opposées viendront s’affronter et la forme de la reprise sera principalement déterminée par la psychologie et les anticipations des agents économiques.

Si nous avouons bien volontiers notre ignorance totale quant à la forme que prendra le rebond d’activité, le gouvernement fait pour sa part preuve d’un étonnant optimisme.

La loi de finances rectificative du 25 avril a été basée sur un taux de croissance de -8 % sur l’année 2020. Or, comme le rappelle l’OFCE, après huit semaines de confinement avec une activité en berne de -33 %, il faudrait un rebond immédiat de +28 % dès le 11 mai pour parvenir à une baisse de « seulement » 8 % sur l’année. Avec des pans entiers de l'économie encore à l'arrêt (hôtellerie, restauration, tourisme, transport), nous sommes en droit de nous demander quel carburant économique viendrait alimenter un tel rebond.

Au vu de l’incertitude qui plane sur le calendrier du retour à la normale, l’hypothèse d’une reprise en V privilégiée par le gouvernement est des plus optimistes. Si elle n'est pas à exclure, il reste gênant que les prévisions aient été faites sur le scénario le plus favorable.

En période d'incertitude, l'Etat aurait mieux fait de jouer la prudence.

En ce début mai, nous conseillons aux particuliers de ne pas suivre l'exemple gouvernemental et de privilégier l'optimisme prudent aux vœux pieux. Trop de secteurs sont encore à l'arrêt et trop d'incertitude demeure pour espérer un retour immédiat à la normale.

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