Les marchés américains sont plus fragiles qu’il n’y paraît

Alors que nous crions au loup sur les marchés actions, vous pensez sans doute que nous exagérons. Après tout, si le très attendu rallye de fin d’année n’a pas eu lieu, les mois de janvier et février furent bons.

En effet, (je me concentre ici volontairement sur les marchés américains) après une belle remontée initiée fin décembre, le Nasdaq a frôlé les 7 650 points, le S&P 500 a renoué avec 2 800 points…

Alors quid de la situation ?

La politique de Trump favorable aux rapatriements de capitaux

Depuis 2009, les entreprises du S&P 500 – le plus gros indice boursier américain – ont réalisé des rachats massifs d’actions, pour un montant de 4 700 Mds$. Cette stratégie financière a atteint son paroxysme en 2018, avec un record de 1 000 Mds$ sur l’année seule ! C’est plus de 20% du total de ses dix dernières années.

Pourquoi une telle amplification du phénomène ?

La politique fiscale mise en œuvre par Trump y est pour beaucoup. Elle a été favorable à un rapatriement des capitaux des entreprises américaines que celles-ci détenaient à l’étranger.

 

 

Ces dispositions protectionnistes, représentant près de 1 500 Mds$ d’allègements d’impôts, avaient pour objectif de pousser les entreprises à investir et embaucher. Pour autant, avec le recul, les résultats sont en demi-teinte.

D’après une enquête de la Nabe (Association nationale des économistes d’entreprises), seules 16% d’entres elles auraient revu en ce sens, leurs décisions d’investissement et de recrutement. En revanche, les rapatriements de capitaux ont conduit les grands groupes américains à mener des politiques massives de rachat d’actions.

 

L’inquiétude suscitée par les rachats d’actions

Les rachats d’actions – ou share buyback dans le jargon boursier – font la joie des actionnaires. L’opération financière consiste pour une société cotée à racheter ses propres actions sur les marchés et ainsi à en diminuer le nombre en circulation.

Mécaniquement, cela conduit à une hausse de la valeur nominale des actions restantes en circulation et à un bénéfice par action qui croît.

Des cours qui grimpent, c’est une bénédiction pour les actionnaires ! Sauf que… ces rachats d’actions se font également par l’émission de dettes. Ainsi, via le rapatriement de capitaux et l’endettement, elles ont réduit la taille de leur capitalisation, sans pour autant financer l’économie réelle.

Vous comprenez alors que la hausse de Wall Street a, aujourd’hui, un caractère très artificiel.

Les actions devenues plus rares sous cet effet, offrent moins de liquidités aux investisseurs. Au surplus, la concentration des titres qui en résulte, augmente la volatilité des cours.

Et n’oubliez pas…

En février, je commentais la décision de BlackRock – le plus puissant gestionnaire d’actifs du monde – consistant à vouloir réduire son exposition aux marchés actions de 37% dans le courant de l’année 2019.

Cette réallocation d’actifs n’est pas à prendre à la légère puisqu’elle représente près de 1 250 Mds$.

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