Ne faites pas exploser votre épargne en vol

Lors du lancement de Crowd-Funding.fr, la question de la périodicité de cette e-letter s'est posée.

Du suivi au temps réel de l'actualité économique à une publication mensuelle, tout était possible: l'avantage des nouveaux services est de faire table rase du passé et de laisser la voie libre à toutes les options pour retenir la meilleure.

Après réflexion, nous avons donc opté pour une publication hebdomadaire avec la volonté de proposer le maximum de contenus sinon impérissables, du moins déconnectés de l'actualité politico-économique quotidienne.

Alors que s'approchent à grands pas la trêve estivale et l'heure du bilan de cette première saison du service, il nous semble que ce choix était le bon.
Nous sommes déjà abreuvés quotidiennement d'informations éphémères qui reviennent souvent à tenter d'expliquer pourquoi, aujourd'hui, le marché monte suite à des nouvelles qui, hier, le faisaient baisser.
Publier un énième commentaire de cette "météo de l'économie", qui relève plus de l'horoscope que de la science, ne nous semblait pas être porteur de grande valeur ajouté.

Et vous, qu'en pensez-vous? Etes vous satisfait de la périodicité de la e-letter? Quels types de contenus souhaiteriez-vous y trouver? N'hésitez pas à nous donner votre avis en écrivant à [email protected]

Petites précisions sur le risque

Nous avons évoqué, la semaine dernière, la question du risque. Revenons aujourd'hui sur cette notion en l'abordant sous le prisme d'un message reçu d'un des lecteurs.

Ce membre nous faisait part des taux très bas actuellement pratiqués par certains établissements bancaires en ligne sur les avances sur titres.
Si vous ne connaissez pas ce mécanisme, il s'agit pour l'emprunteur de mettre en gage des titres détenus sur un compte-titre (ordinaire ou PEA), en l'échange d'un prêt d'une échéance courte, en général 3 ans.

Le remboursement des intérêts est habituellement mensuel et celui du capital, in fine.

Constatant que sa banque en ligne lui offre un taux inférieur à 1% à 3 ans, le lecteur doté d'un PEA bien rempli nous faisait part de sa stratégie:
1 - Nantir les titres de son PEA
2 - Emprunter à moins de 1%
3 - Utiliser le crowd-funding pour financer des projets immobiliers de 2 ans rémunérés entre 6% et 10%

Bien que ne délivrant pas de conseils individuels sur les stratégies d'investissement, nous nous saisissons de cette opportunité de partager avec vous notre ressenti quant au plan d'action proposé.

A première vue, ce montage peut se révéler parfait. Avec un PEA présentant des encours à 6 chiffres, le différentiel de taux d'intérêt sur 2 ans peut représenter une somme substantielle.

Notre lecteur avait bien identifié la première fragilité de la stratégie, qui n'est possible que grâce à la politique de taux 0 des banques centrales. Les taux d'emprunt comme de placement étant fixés, notre lecteur proposait de "continuer la stratégie tant que les taux restent bas [et cesser lors de la remontée].".

En ce sens, en effet, le risque politique de la stratégie est éliminé. Il suffit de ne renouveler l'opération que lorsque le différentiel est positif au jour de la souscription pour ne pas risquer de se retrouver broyé en cas de remonté des taux directeurs.

Pourtant, le vrai risque de la stratégie n'est pas dans la remontée des taux d'intérêt.

Ne faites pas exploser votre épargne en vol

Imaginons un scénario typique de trou d'air de l'économie française.
Une baisse des marchés actions de l'ordre de 30% fait partie des choses qui arrivent. Les blocages temporaires du marché de l'immobilier sont également monnaie courante.

En tant qu'apporteur de quasi-fonds propres pour les programmes immobiliers, notre lecteur ne récupèrera certainement pas sa mise sur les programmes non commercialisés. Il se retrouvera, à échéance, à devoir rembourser son avance sur titres avec de l'argent qu'il n'aura plus vu qu'il aura été perdu dans l'opération immobilière.
S'il a dû avoir recours à l'avance sur titre, c'est que notre lecteur ne possède probablement pas de fonds propres pour investir son propre argent.
Il risque par conséquent de devoir solder son PEA ou son CTO pour rembourser le prêt. Or, à ce moment-là, ses titres seront au plus bas et il sera contraint de les céder en moins-value.

Lorsque les choses s'amélioreront, notre lecteur n'aura plus ni créance sur le promoteur (qui aura fait faillite depuis longtemps), ni titres en portefeuille pour profiter du rebond.

Bilan des courses avec un exemple chiffré de défaut au bout d'un an et un AST de 3 ans:

  • Encours du PEA avant investissement: 100 000 €
  • Somme empruntée grâce à l'avance sur titres: 50 000 €
  • Intérêts reçus sur 1 an à 10% après impôts: 3500 €
  • Intérêts versés durant 3 ans pour l'AST: 1 125 €
  • Capital récupéré après défaut 0 €
  • Valeur du PEA à l'instant du défaut: 70 000 €
  • Epargne nette après opération: 22 375 €

Dans l'hypothèse où notre lecteur aurait emprunté et investi de la manière suggérée 50% de la valeur de ses titres avant le mini-krach, son capital à échéance ne serait plus que de 23% de son épargne initiale !

Une perte de 77% en trois ans: voilà qui ne ressemble pas, pour nous, à une stratégie sans risque! D'autant que ce type "trou d'air" est fréquent dans les économies matures, il ne s'agit en aucun cas d'un scénario catastrophe.

Je vous faisais, la semaine dernière, l'éloge du risque en tant que corollaire inévitable du rendement. La relation n'est pas symétrique: si tous les rendements positifs vous font porter un risque, tous les risques ne vous apportent pas du rendement!
Certaines opérations, comme celle mentionnée ci-dessus, vous font courir un risque démesuré pour un rendement somme toute faible.

Terminons cette analyse sur une question subsidiaire: l'argent serait-il perdu pour tout le monde dans le scénario évoqué?
Bien sûr que non: le promoteur ayant fait faillite, la banque ayant financé le plus gros de l'opération récupèrerait la propriété du bien immobilier. L'établissement prêteur de notre malheureux lecteur aurait, grâce à la liquidition des actions, également récupéré le capital de l'avance sur titre.
Il n'est donc pas difficile d'identifier les grands gagnants en cas de petite secousse économique: les établissements de crédit impliqués. Comme souvent, ils font les règles du jeu pour minimiser leur risque et gagner à tous les coups. Notre avantage en tant que particuliers? Nous ne sommes pas obligés de jouer quand les dés sont ainsi pipés!

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