Plus ça change, et plus c’est pareil

Qu'il aurait été agréable de dédier cette dernière e-letter de la saison 2018-2019 à de réelles nouveautés macro-économiques!

Que j'aurais aimé vous parler aujourd'hui de normalisation des taux directeurs, de retour à la réalité sur les emprunts d'Etat, et de valorisations d'entreprises cohérentes... Bref, d'aborder avec vous la période estivale avec une confiance retrouvée dans le sérieux des acteurs économiques. Au lieu de quoi, ce dernier état des lieux qui devait être tourné vers le futur ressemble furieusement à une retrospective de l'année écoulée tant la situation en ce début d'été ressemble à celle de la fin 2018.

L'histoire ne se répête pas, mais elle a tendance à bégayer

Comme tous les investisseurs désireux de dégager du rendement, nous gardons l'œil sur les taux des obligations dites "sans risque". Dans l'Hexagone, nos références sont les emprunts français.

Les emprunts à deux et cinq ans sont de bons baromètres car ils correspondent à des horizons d'investissement de moyen terme que nous manipulons volontiers en financement participatif. La plupart des dossiers obligataires (crowd-lending) courent sur des durées de 1 à 3 ans, et les dossiers de crowd-equity doivent, eux, être envisagée avec un horizon minimum d'investissement de cinq ans.

Comme vous le savez sans doute, les emprunts d’Etat français vivent depuis plusieurs années dans un véritable monde parallèle où les investisseurs acceptent, pour avoir l’honneur de prêter à l’Etat, une rémunération négative.

En plus de subir, comme pour toute opération de prêt, le risque de défaut (car, oui, les Etats peuvent faire — et font régulièrement — faillite), les prêteurs se contentent de ne récupérer dans le meilleur des cas qu’une partie du capital investi.

J'ai régulièrement insisté cette année sur l'étude du ratio risque/rendement qui doit être votre guide ultime lors des décisions d’investissement. En prêtant à la France, vous auriez la joie d’accepter un risque tout en ayant la certitude de ne jamais avoir de rendement.

Bien sûr, les prêteurs de l’Etat français ne sont pas des citoyens lambda qui tentent de faire fructifier leur argent durement gagné, aussi leurs considérations sont différentes des nôtres. Néanmoins, la courbe des taux reste une référence incontournable pour évaluer le rendement de nos investissements potentiels.

Or, les taux d’intérêts des emprunts à moyen-terme sont désormais confortablement installés en territoire négatif. Cela n’a pas changé cette année.

La nouveauté? Vous la trouverez ci-dessous cerclée de rouge.

Taux d'intérêt des bons du Trésor et OAT au 25/06/2019. Cliquez sur l'image pour l'agrandir. Source: Banque de France
 

Le rendement de l’OAT 10 ans est passé, fin juin, en territoire négatif. Il faut désormais se tourner vers les obligations à 30 ans pour espérer être rémunéré à moins de 1% par an. Confieriez-vous votre argent à un Etat en faillite jusqu’en 2049 pour ne toucher qu’un misérable pour-cent de rémunération? Pensez-vous que la situation actuelle soit raisonnable?

Le financement participatif garde la tête froide

Dans ce paysage surréaliste, notre peur la plus grande était de voir les taux servis par les projets de financement participatif plonger sans espoir de retour.

Il aurait été catastrophique que les investisseurs particuliers calquent leur comportement sur celui des zinzins qui acceptent de risquer leur argent sans rendement potentiel.

Nous avons eu, fin 2018, quelques inquiétudes à ce sujet en voyant passer des dossiers obligataire à des taux très bas (inférieurs à 5%) tout en présentant de faibles garanties. Ces dossiers étaient, à notre plus grande surprise, plutôt bien accueillis par la communauté et parvenaient généralement à atteindre leurs objectifs de levée.

Les particuliers se seraient-ils mis à chercher le rendement à tout prix? Le printemps nous a rassurés à ce sujet. Les taux proposés sont repartis à la hausse et nous avons vu quelques dossiers bancals ne pas réussir à boucler leur levée de fonds.

N'y voyez aucune mesquinerie de notre part: il est important que les projets de mauvaise qualité ne soient pas financés s'ils ne sont pas suffisamment rémunérés. De cette manière, les entrepreneurs sont obligés de proposer un rendement supérieur si leur projet est risqué et le système s'auto-régule.

Voilà qui est pour nous, un excellent signal et une preuve d'intelligence de la communauté des investisseurs en financement participatif. Loin des manipulations de cours des marchés actions et des politiques inconscientes des banques centrales, le financement participatif est ce qui reste le plus proche du capitalisme originel: la comparaison des ambitions des porteurs de projet avec l’objectif de rentabilité des prêteurs.

Ce face à face incessant entre vendeurs et acheteurs est seul légitime pour fixer le prix de l’argent, et il est très rassurant de voir que le monde du crowdfunding reste suffisamment hors du radar des grosses mains pour que la mécanique de confrontation des prix y fonctionne encore.
C’est sur cette note positive et pleine d'espoir que je vous souhaite un excellent été. Nous vous retrouverons, à partir du 20 août, pour la reprise de notre revue hebdomadaire de l’actualité économique et de l’investissement.

Peu importe si les marchés cotés sombrent encore un peu plus dans la folie: le financement participatif nous a offert, cette année encore, de magnifiques opportunités — et nous serons là pour vous aider à en profiter dès la rentrée!

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