Quand le Covid-19 contamine vos investissements en Crowd-Funding

Une fois encore, l'actualité sanitaire se mêle à l'actualité économique.

Côté Bourses, la semaine dernière a été placée sous le signe de la temporisation avec un CAC 40 qui s'est offert un petit +4% en cinq jours de cotation. Cette performance relativement calme cache cependant une extrême nervosité des intervenants puisque l'indice phare n'a eu de cesse d'enchaîner les oscillations autour des 4000 points.
Des écarts de 7 à 10% sur une période de 24h ont été constatés à trois reprises: de quoi donner le tournis à ceux qui restent scotchés devant leurs écrans!

Malgré tout, la baisse des grands indices semble enrayée pour l'instant. En l'absence de mauvaises nouvelles supplémentaires sur le front de l'épidémie, les opérateurs semblent se satisfaire d'une décote de 35% par rapport au niveau d'avant-confinement.

Voilà pour ce qui est des marchés côtés. Les secousses vont maintenant atteindre l'économie réelle.

Le plus dur commence pour les PME...

Vous n'avez pu échapper aux rumeurs de nationalisation de nos champions industriels comme Renault et Air France. L'activité de ces entreprises, cyclique par excellence, est au point mort depuis le début du confinement et ne repartira pas avant que la situation ne revienne à la normale.
Chaque jour qui passe leur coûte une petite fortune malgré le recours au chômage technique pour une grande partie du personnel (jusqu'à 80% chez Air France).

Ces cas médiatiques font les gros titres de la presse économique car ils sont le symbole d'une industrie nationale au bord du gouffre et de la tentation interventionniste de l'Etat.

Pour autant, ces exemples d'ampleur impressionnante ne sont que des cas particuliers et se comptent sur les doigts d'une main.

Les vraies conséquences du confinement seront pour notre tissu de PME dont l'activité est, elle aussi, à l'arrêt. Elles n'ont pas la visibilité de Renault, ne peuvent pas faire le chantage à l'emploi d'Air France, et leur situation ne sera pas étudiée au cas par cas par notre ministre de l'économie.

Pourtant, elles sont tout aussi vitales pour la santé économique de notre pays. Nous avons tout intérêt à ce qu'elles survivent en tant que contribuables, et plus particulièrement en tant qu'investisseurs dans le financement participatif puisque ces petites entreprises sont les cibles privilégiées de nos investissements en crowd-funding.

... et pour les prêteurs

La semaine dernière, la plate-forme WeShareBonds spécialisée dans le crowd-lending (financement par obligations) nous informait de la mise en place de mesures d'urgence pour les entreprises emprunteuses.

A la demande de certaines d'entre elles qui prévoient déjà des difficultés, WeShareBonds a décidé de mettre en place un mécanisme de report des échéances de remboursement, intérêts et principal. Il devrait être accordé à toutes les PME financées qui en font la demande sous réserve qu'elles aient également activé les aides d'Etat.

Selon les informations qui nous ont été transmises,  "les crédits concernés vont être allongés de trois à 6 mois, et conservés dans leur nature (in fine ou amortissable, mensuel ou trimestriel), sans intérêt supplémentaire. Ainsi un crédit avec un amortissement mensuel sera prolongé de 3 à 6 mois sous cette forme, et un crédit in fine verra son échéance reportée de 3 à 6 mois, avec une franchise d’intérêts sur la même période". Ce mécanisme sera proposé sous peu en assemblée générale extraordinaire et son approbation ne fait guerre de doutes.

Pour les prêteurs, ces reports sont des incidents de paiement qui ne disent pas leur nom. Que la plate-forme décide de les proposer volontairement, que l'intention soit louable et l'effet probablement bénéfique à long terme ne change rien à la situation.

Ceux d'entre nous qui comptaient sur des remboursement d'échéances pour récupérer des liquidités en cette période tendue devront prendre leur mal en patience. En plus de ne pas être rémunérés sur la durée d'emprunt supplémentaire, ils feront face à un risque de défaut de la cible mécaniquement augmenté du fait de l'augmentation de la durée d'emprunt.

Pour les prêteurs concernés, le rendement annualisé des investissements diminue et le risque augmente sensiblement. Ils paieront eux-aussi le prix de Covid-19.

Sans préjuger du sort des entreprises emprunteuses (sur lequel ils n'ont aucune influence au quotidien), ils n'ont d'autre choix que de faire le gros dos et accepter ces nouvelles conditions proposées par WeShareBonds.

Depuis les débuts de Crowd-Funding.fr, nous attirons votre attention sur la fragilité de nombreux dossiers de crowd-lending proposés par les plates-formes. Certains lecteurs nous trouvaient parfois trop stricts dans nos critères de sélection et nous reprochaient d'abandonner les dossiers à fort rendement par excès de précaution. Si nous étions bien loin de prévoir l'arrivée d'une crise sanitaire de cette ampleur, nous avons toujours eu pour principe de refuser de participer aux financements dont le remboursement ne pouvait être assuré que dans le cas d'un "scénario parfait".

Félicitations à ceux d'entre vous qui ont su suivre ces conseils de prudence alors que l'euphorie prêteuse était à son comble. C'est maintenant que vous allez récolter les fruits de votre sagesse!

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