Remontée des taux: bonne ou mauvaise nouvelle pour vous?

Si vous êtes représentez l'Etat lors des adjudications de bons du Trésor, si vous êtes responsable de la politique de taux d'une banque centrale, ou si vous êtes chargé de maintenir sous perfusion une structure surendettée (qu'elle soit publique ou privée), excusez-nous par avance: celle e-letter ne vous concerne pas.

Ce billet s'adresse à une catégorie bien différente de la population: les épargnants. Ce mot ne vous dit plus rien? Souvenez-vous, il s'agit de personnes plus fourmi que cigale qui sont prêtes à mettre de côté ce qu'elles gagnent un jour pour en profiter le lendemain. Horreur et damnation pour le PIB, elles préfèrent stocker une partie de leurs revenus plutôt que d'en dépenser l'intégralité et, crime ultime, espèrent même que ce pouvoir d'achat mis de côté sera conservé voire augmentera dans le temps.

Nos politiciens avides d'endettement et planificateurs centraux se réjouissent de voir cette espèce en voie de disparition en France. Il reste pourtant quelques irréductibles fourmis, et leur point de vue mérite d'être considéré.

C'est par conséquent aux fourmis que nous pensons aujourd'hui en posant cette question: la remontée récente des taux est-elle une bonne nouvelle?

Le net rebond du 10 ans

Nous nous en étions émus cet été: en pleine torpeur estivale, le rendement des OAT (10 ans) était passé en territoire négatif.

Depuis, la tendance s'était confirmée et le rendement du 10 ans a atteint les -0,4% au mois de septembre. Rappelons que les obligations d'Etat sont censés représenter le taux sans risque, autrement dit la rémunération à laquelle un épargnant prudent peut s'attendre sur une période donnée. Un taux négatif signifie qu'un épargnant qui veut être quasi-certain de récupérer sa mise doit s'attendre à perdre de l'argent sur la période. Cela fait désormais longtemps que nous avons pris note que l'épargne de court terme est punie de cette manière, et voir l'épargne à horizon 10 ans subir le même sort a été un choc pour de nombreux investisseurs.

La carrière d'un épargnant ne dure au mieux que quelques décennies: accepter de placer aujourd'hui son argent pour 10 ans à taux négatif, c'est accepter de ne pas être rémunéré jusqu'en 2029. Seuls les plus jeunes d'entre nous peuvent se permettre ce luxe, et même eux ne rattraperont jamais cette décennie perdue.

Pourtant, le marché nous a offert cet automne un retournement dont il a le secret. Revenant brutalement à la raison, il a propulsé les taux à la hausse comme le montre la compilation des taux de référence effectuée par France-Inflation.com:

Evolution du taux à 10 ans des emprunts français sur 2 ans.
Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

Le reflux est impressionnant. En quelques semaines, le rendement de l'OAT est passé de son plus bas de -0,4% à +0,1% la semaine dernière soit une hausse de 50 points de base en deux mois seulement!

Et si l'OAT revenait à 2% ?

Des bons du Trésor offrant 2% sur 10 ans, ce n'est pas de la science-fiction. 2% représentent la cible d'inflation de la BCE, et ce plancher psychologique a été enfoncé pour la première fois il y a moins de cinq ans.

Pour mémoire, les emprunts d'Etat servaient un rendement de 17% dans les années 1980 (avec une inflation officielle à 13%), et maintenaient un rendement de 4% il y a dix ans de cela (avec une inflation qui oscillait autour de 2% par an depuis les années 2000).

Nous déplorons souvent dans ces colonnes la taxe invisible des taux négatifs qui fait peser sur les épargnants le coût de l'incurie financière des Etats. En un sens, les épargnants pourront se réjouir de voir la rémunération de référence des placements sûrs revenir en territoire positif.

Le problème est que notre industrie financière et nos systèmes politiques sont organisés non pas autour de taux bas, mais autour d'une baisse continue des taux d'intérêt. Cela fait 35 ans que les taux baissent sans discontinuer, et les sociétés occidentales endettées (la France n'est pas une exception en la matière) se sont organisées comme si la fête devait durer éternellement.

Nous sommes habitués à voir nos assurances-vie prendre de la valeur année après année. Nous sommes habitués à voir l'Etat distribuer ses largesses: particuliers, entreprises, associations: tout le monde en profite et personne ne se préoccupe de l'augmentation de la dette.

Tout ceci aura une fin brutale en cas d'inversion de la tendance. Si le 10 ans revenait à 2%, puis 4% (toutes choses égales par ailleurs), les épargnants pourraient se réjouir de voir leur épargne de nouveau rémunérée au-dessus de l'inflation. En revanche, ils devraient prévoir le gel de leur assurance vie et une augmentation sans précédent de la pression fiscale.

Aujourd'hui, l'Etat français n'est plus capable de boucler son budget si sa dette ne trouve preneur qu'à 4% d'intérêts. Ne nous faisons pas d'illusion: si l'OAT revient sur ces niveaux, Bercy devra avoir recours à l'argent des contribuables pour régler les milliards supplémentaires dédiés au service de la dette.

Vers qui les fonctionnaires zélés se tourneront-ils? Vers les fourmis, bien sûr, qui disposent d'un stock d'épargne de plus de 5 000 milliards d'euros. Naturellement, ils cueilleront d'abord les fruits les plus faciles à attraper: assurances vie, comptes règlementés, comptes courants... Rappelons-le: notre épargne bancarisée n'est qu'à un clic de souris d'être réquisitionnée.

Ne crions donc pas victoire trop vite en voyant les taux se retourner brutalement à la hausse. Quand les fonctionnaires de Bercy on des sueurs froides, les citoyens solvables ne sont pas nécessairement dans la plus confortable des situations...

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