Un petit dernier pour la route!

Un dernier dessert à Noël avant d'attaquer le régime.
Un dernier verre de digestif avant de prendre la route.
Un dernier assouplissement monétaire avant que la croissance ne revienne.

Ah! Si seulement les "petits derniers pour le plaisir" avaient un effet bénéfique. Nous serions tous minces, alertes au volant, et riches. Quel dommage que notre monde réel ne se plie pas à nos envies et nos fantasmes. Nous pouvons mentir, nous mentir, mais les faits sont têtus.

Mario Draghi ne semble pas avoir pris la mesure de notre condition humaine. Le "Super Mario" de la Banque Centrale Européenne, dont le mandat arrive à échéance fin octobre, s'est offert un baroud d'honneur jeudi dernier en annonçant un nouveau programme d'assouplissement quantitatif.

Si ça n'a pas marché, c'est qu'il faut recommencer!

Avec ce nouveau plan d'intervention, la BCE s'autorise de nouveau à racheter des actifs. Vous avez aimé la hausse monotone des actions depuis 2009? La baisse des rendements d'obligation d'Etat jusqu'aux absurdes taux négatifs? La hausse-zombie de l'immobilier à la faveur de prêts aux particuliers toujours plus bas? Vous adorerez 2020 car, foi de Draghi, vous en aurez encore plus. Et cette fois-ci, il y en aura pour tout le monde.

Pour son dernier coup d'éclat, Mario Draghi n'a pas fait dans la demi-mesure. Personne ne sait si le baisses de taux ou le rachat d'actifs sont vraiment utiles pour relancer l'économie? Pas de problème: la BCE s'autorisera les deux. La banque centrale a ainsi annoncé simultanément un nouvel assouplissement quantitatif (QE) de 20 milliards d'euros par mois. En parallèle, le taux de dépôt sera une nouvelle fois abaissé de 10 points de base à -0,5%.

Pour éviter d'étouffer un peu plus les banques déjà exsangues, la BCE prévoit toutefois un mécanisme de neutralisation des taux négatifs pour une partie des dépôts.

Résumons cette nouvelle stratégie. Elle se décompose en deux parties: d'une part, faire plus de ce qui n'a déjà pas marché pour assainir l'économie; d'autre part, rendre d'une main ce qui est pris de l'autre pour limiter les effets délétères pourtant bien connus des taux négatifs.

Nous nageons en plein pilotage à vue de la politique monétaire et en pleine complaisance administrative.

Le QE de trop?

Nous sommes bien conscients de notre place dans l'économie financière. En tant que particuliers, investissant notre épargne personnelle et attachés au fonctionnement originel du capitalisme, nous sommes une espèce sinon en voie d'extinction, du moins rare. Notre force de frappe politique n'est rien par rapport aux insiders qui tirent les ficelles de la politique de la BCE, aussi notre avis importe finalement peu.

Si les hommes politiques de tous bords appellent à plus de création monétaire, et que les banques centrales suivent le mouvement, nous devons en prendre acte (même s'il n'est pas interdit de le déplorer).

Pourtant, alors que nous étions à deux doigts de nous résigner face à cette nouvelle folie de Draghi et ses acolytes, que constatons-nous en ce doux mois de septembre? Un léger bruissement.
Certes, il est encore imperceptible, mais impossible ne pas entendre la timide mélodie des grosses mains qui se disent que trop, c'est trop. Selon les dernières estimations, la BCE aurait déjà acheté pour 2600 milliards d'euros d'obligations, soit près de 25% du PIB de l'ensemble de la zone Euro. Chaque année, les taux négatifs de la BCE coûtent 7 milliards d'euros aux banques, dont les actions sont au tapis et la solvabilité de plus en plus délicate.

C'est dans ce contexte que des grands noms de la finance commencent à clamer leur impatience face au jusqu'au-boutisme de Mario Draghi. Jürgen Stark, l'ancien chef économiste de la BCE, a indiqué au Wall Stree Journal qu'«avec un deuxième programme d’achats d’actifs, la BCE va continuer à perturber les marchés. Tout cela n’est pas réfléchi. ». Dans l'Hexagone, François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France, s'est interrogé publiquement sur la pertinence d'un nouveau plan de relance. Pour le président de la Bundesbank Jens Weidmann, qui s'est exprimé dans le quotidien Bild, Draghi à même «dépassé les bornes».

Mario Draghi aura terminé son mandat comme il l'a commencé: en imprimant de l'argent. Tel un marteau qui aurait vu tous les problèmes comme des clous durant huit ans, il n'aura eu de cesse de saper notre monnaie pour déclencher une croissance fictive. Le contexte politique a fait que personne n'a eu l'audace de l'en dissuader, et l'imminence de la fin de sa présidence fait qu'il était sans doute impossible de l'empêcher de déclencher une nouvelle salve d'impression monétaire.

Malgré tout, les voix qui s'élèvent de plus en plus fort pour dire la vérité sur cette politique de fuite en avant sont un signe des temps qui ne doit pas être ignoré.

Alors, cher investisseur, comment réagir au mieux à la situation? Nous n'avons d'autre choix que de faire le dos rond jusqu'à la fin de l'année, et nous préparer à un possible changement de paradigme avec la prochaine présidence de la BCE. En attendant un retour à la raison, nous continuons à placer notre épargne en finançant des entreprises rentables mais, comme l'indiquait Alexandre Lauzier il y a quelques jours, nous gardons à l'esprit que nous sommes en fin de cycle.

Rien n'affirme que l'argent gratuit continuera de couler à flot dans cinq ans, et nous investissons en conséquence.

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