Une nouvelle étape dans la bancarisation obligatoire de votre épargne

Il disparaîtra progressivement, sans fleurs ni couronnes.

Depuis dimanche, dix-sept des dix-neuf banques nationales ont cessé d'émettre des billets de cinq cents euros.

Les coupures en circulation continueront d'avoir valeur légale, et les banques centrales nationales devraient les accepter tant que l'Euro sera notre monnaie officielle. Mais, au fil du temps, leur nombre diminuera et s'en procurer deviendra de plus en plus difficile.

Vous me direz, cher lecteur, que bien peu de gens manipulent au quotidien de telles sommes en espèce, et vous aurez raison. Bien peu de monde pleurera la disparition du "billet de 500".

Il n'empêche que sa mise à mort ne pourra avoir que des conséquences négatives pour les citoyens responsables désireux de sécuriser leur épargne que nous sommes.

 

Quand les bonnes raisons cachent les vraies raisons

La BCE a décidé, en 2016, de programmer la disparition du billet de 500 € au nom de la bien commode lutte contre le terrorisme.

Laissons de côté cet argument magique, joker conversationnel et politique dont la mention rend inutile toute idée de débat sur le bien-fondé d'une mesure. La Banque Centrale avait probablement une vraie raison de détricoter ce qui avait été fait il y a moins de vingt ans, et de se mettre à dos Allemands et Autrichiens, particulièrement attachés à leurs espèces.

Etait-ce parce que ce billet, d'une valeur faciale importante, était peu utilisé? Pas du tout: ces coupures représentent à elles-seules 22 % de la valeur totale des billets en circulation (pour seulement 3,2% de leur effectif).

Est-ce pour rendre plus compliquées les activités frauduleuses à grande échelle, facilitées par l'existance de billets dotés d'une grande valeur faciale?
Peut être, mais là encore l'impact n'est pas évident. Des délinquants impliqués dans des fraudes se chiffrant en millions d'euros (montant à partir duquel le billet de 500 € a toute son utilité) n'abandonneront pas leurs activité illicites car ils doivent remplacer leurs sacs de billets de 500 € par des équivalents deux fois plus volumineux en billet de 200 €. Croire le contraire serait faire preuve de la plus grande naïveté.

Avançons donc une hypothèse, dont nous assumons tout à fait la faillibilité, mais qui a le mérite d'expliquer bien des dispositions prises ces 10 dernières années: et si l'Europe essayait, simplement, de faire disparaître le cash des mains des citoyens ?

Dans cette optique, la disparition des grosses coupures est une mesure qui prend tout son sens.

Rappelons que, depuis 10 ans, la BCE fait face à une crise monétaire sans précédent. Les taux d'intérêt ont été mis au plancher et sont même devenus marginalement négatifs. Aujourd'hui, les citoyens ne sont pas encore ponctionné au quotidien sur la valeur de leurs dépôts, et les banques absorbent le différentiel de taux d'intérêt.
Mais que pourront-elles faire si la BCE décide d'aller plus loin dans les taux négatifs? Qui laisserait son argent en banque avec un rendement annuel de -10 %? Personne de sensé... sauf si retirer l'argent d'un compte bancaire pour mettre des billets de banque dans un coffre-fort est devenu impossible, les grosses coupures ayant disparu!
Pour un particulier, mettre quelques milliers d'euros de côté en liquide au cas où l'Etat n'arrive plus à régler les retraites durant plusieurs mois est on-ne-peut-plus facile avec des billets de 500 €. Plus les grosses coupures disparaîtront, plus cela deviendra pénible et compliqué...

 

Une mesure de plus pour numériser votre épargne

Nous avons déjà perdu la possibilité de faire des achats en espèces pour des montants supérieurs à 1000 € (ce plafond était encore de 3000 € avant 2015). Toute transaction supérieure à cette somme doit faire intervenir une banque, par le biais de l'utilisation d'un chèque, d'une carte bancaire, ou d'un virement.
Autrement dit, l'argent des achats importants du quotidien des citoyens doit se trouver sur un compte bancaire.

Or, vous savez que les comptes bancaires sont tout sauf sûrs. En cas de faillite de votre établissement bancaire, vous n'avez aucune garantie de récupérer le montant qui y figure. Même le fonds de garantie des dépôts bancaires, censé prendre le relais en cas de faillite généralisée des banques, n'est abondé qu'à hauteur de quelques pour-mille des montants qu'il doit couvrir.
Autant dire que la "garantie" de 100 000 € par compte risque de devenir, en cas de problème majeur, une royale indemnité de 100 €...

Face à cela, la prudence la plus élémentaire est de ne pas laisser toutes vos liquidités dans le circuit bancaire. En première intention, vous pouvez ouvrir un compte dans différents établissements (si possible à l'étranger) et y répartir votre épargne.
Cela vous protègera, autant que possible, du risque de perte total de vos économies en cas de nouvelle crise.

Mais, comme nous l'a montré l'expérience chypriote en 2013, la sauvegarde sur le long terme de votre capital ne vous protègera pas des tracas du quotidien en cas de gel temporaire du système bancaire.

Si la Société Générale annonçait sa faillite, les distributeurs et agences de tous les réseaux bancaires seraient pris d'assaut du jour au lendemain. Les retraits seraient rapidement impossibles. Dans un tel cas, savoir que vous avez protégé une partie de vos économies en Allemagne vous rassurera, mais ne vous permettra pas de remplir votre réfrigérateur.

Les crises de liquidités n'arrivent pas qu'à l'étranger. A ce titre, disposer de plusieurs semaines de dépenses courantes en espèces relève de la prudence la plus élémentaire.

S'appuyer sur les coupures de 500 € pour votre "matelas d'urgence" ne sera bientôt plus une option, soit. Mais ne vous laissez pas endormir pour autant par le discours rassurant des autorités monétaires qui vous conseillent de laisser tous vos œufs dans le panier bancaire. Ce ne sont pas elles qui, en cas de bank run, feront la queue toute la nuit devant les agences bancaires à votre place...

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